Armes Chine Japon Vietnam — 30 avril 2018
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Comme à peu près tout le monde dans les arts martiaux, j’ai été influencé par Bruce Lee, figure emblématique du combattant avec un (ou plusieurs) nunchaku. Mais du fantasme à la réalité, il y a tout un chemin parsemé de coups et de bleus avant de maîtriser ces deux bâtons reliés par une chaîne.

Formé de deux ou trois morceaux en bois ou en métal, de forme ronde ou octogonale, évasés et reliés par une chaîne (remplaçant la corde qui pouvait être coupée), le nunchaku est pratiqué dans de nombreuses écoles d’arts martiaux en Asie. Il est récemment devenu un art martial à part entière et possède même une version artistique comme on peut le voir parfois dans les grandes démonstrations d’arts martiaux.

Historiquement, on ne sait pas grand-chose du nunchaku, si ce n’est qu’il est originaire d’Okinawa, du moins dans sa forme actuelle. Dérivé du fléau qui servait à battre le grain, on retrouve cet outil agraire dans tous les pays du monde, dès qu’il y a des céréales cultivées et qu’il faut séparer la petite peau qui entoure le grain (enveloppe de la graine). Mais les okinawaïens ont à un moment de leur histoire, décidé de le raccourcir pour en faire une arme portative et hautement efficace.

Ces derniers, envahis par le Japon et interdits d’armes, auraient mis au point des techniques martiales basées sur leurs outils pour se rebeller, mais il n’existe aucun texte de loi du Japon médiéval indiquant une telle interdiction, il faut donc rester prudent. Le banditisme endémique semble une meilleure explication au détournement des armes agraires pour pouvoir se défendre. D’autant plus que le nunchaku fait son apparition en tant qu’arme sous le shogunat Tokugawa, lors de laquelle ont été adoptées de nombreuses lois portant parfois sur des sujets, comme la tenue des samouraïs, jugés futiles par certaines personnes.

L’origine du kobudō d’Okinawa reste encore obscure, même si aujourd’hui on connaît la panoplie de toutes ses armes. Il faudra attendre le 20e siècle et les films de Bruce Lee pour que le nunchaku soit révélé en Occident. Comme tous les jeunes des années 70 et 80, je me suis mis au nunchaku assez tôt. Puis à la faculté à Paris, je pris des cours auprès d’une championne de nunchaku artistique. N’ayant qu’un modèle en bois, les versions en mousse n’existant pas alors, je me suis vite rendu compte de la dangerosité de cette arme. Plusieurs fois en tentant de bloquer un bâton sous l’aisselle, je bloquais la chaîne et le bâton remontait impitoyablement en arrière pour me frapper la tête. Je connus mes plus belles bosses grâce au nunchaku.

Forces et faiblesses du nunchaku

Grâce à la chaîne, cette arme peut atteindre des pointes de vitesse impressionnantes. La chaîne agit comme un bras qui déploie un objet et donc multiplie sa vitesse de mouvement. A ce moment-là, l’extrémité du nunchaku devient le point le plus dangereux et le plus puissant en cas de contact.

Ses forces tiennent dans les points suivants :

  • Une grande maniabilité et de nombreux mouvements possibles dans toutes les directions. Un véritable gymnastique acrobatique peut se faire avec un nunchaku.
  • Une force de frappe capable d’éclater l’os du crâne, c’est pourquoi il est classé comme étant une arme. En fait trois forces mécaniques sont en jeu : la force engendrée par la rotation du bras qui donne naissance au mouvement. – La force engendrée par la rotation du corps qui accompagne le mouvement. – La force engendrée par la rotation du Nunchaku qui résulte du mouvement. Des mesures ont été faites lors d’une attaque de base en donnant une force moyenne avec un nunchaku de 180 grammes : l’extrémité de la branche libre atteint une vitesse moyenne de 88 mètres par seconde, soit 316 kilomètres par heure. Cela va sans dire : un choc à cette vitesse peut faire énormément de dégâts, et pour cause, elle est supérieure à celle d’un flashball par exemple.
  • La possibilité de contrer une attaque avec la chaîne et de l’utiliser également pour se protéger les avant-bras notamment avec les bâtons.

Légende : blocage d’une attaque au sabre grâce à la chaîne. Mais la situation inverse est
vraie également, avec le sabre qui bloque le nunchaku au niveau de la chaîne.

Ses faiblesses :

  • Après contact du nunchaku avec une surface (de chair ou autre), le pratiquant doit reprendre son contrôle avant de pouvoir attaquer à nouveau, car son mouvement n’est plus prévisible (par exemple, en amortissant son mouvement sur ses cuisses et en le relançant). Cela est principalement un handicap si le coup n’a pas touché l’adversaire, mais l’environnement, ou s’il y a plusieurs adversaires.
  • Le joint flexible (corde, chaîne) est à la base du mouvement. La police australienne aurait renoncé à l’utilisation du nunchaku après avoir constaté qu’une défense possible contre celui-ci était de glisser un bâton au niveau du joint. Le nunchaku s’enroule alors autour de ce point de pivot improvisé et, en levant le bâton, l’adversaire pourrait en théorie arracher le nunchaku des mains de son utilisateur. Pour continuer son attaque, il faut alors redonner de l’élan pour enchaîner ou pour se remettre en garde ce qui rend l’utilisateur vulnérable pendant un court instant.
  • Et bien sûr pour les débutants, le retour de bâton (c’est le cas de le dire) lors de l’apprentissage peut en refroidir plus d’un.

Les différentes formes de nunchaku

Le nom d’origine du nunchaku vient du japonais ヌンチャク 双節棍 sōsetsukon, mais la dénomination nunchaku est utilisée maintenant dans les kobudō de l’archipel Okinawa. Le terme long-gian est employé dans les arts martiaux vietnamiens, je l’utilise d’ailleurs dans ma pratique du Qwankido. On le retrouve également dans les écoles martiales chinoises, comme dans le Kungfu Mandchou (mansuria kungfu) et quelques autres, mais il est moins populaire que ce que l’on croit, du moins dans les écoles chinoises classiques.

D’autres formes et dénominations existent toutefois :

  • Standard (2 bâtons à 8 côtés) : nunchaku ou hakakukei nunchaku au Japon, shao zi gun en Chine
  • 2 bâtons ronds : marugata au Japon
  • 1 bâton long, 1 bâton demi-taille : so setsu kon au Japon
  • 2 bâtons de demi-longueur à longue chaîne : han-kei nunchaku au Japon
  • 3 bâtons (équivalent ou 2 courts un long) : san setsu kon au Japon. Difficile à maîtriser. Ne pas confondre avec le tri-bâton chinois, beaucoup plus grand.
  • 4 bâtons : yon setsu kon au Japon. Très rare et sans doute très compliqué à manipuler

Si vous souhaitez commencer à pratiquer le nunchaku, je vous recommande soit d’aller tout doucement, soit d’investir dans un casque pour protéger la tête et le visage. Voici un petit tuto tout simple pour les débutants :

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A propos de l'auteur

Nouvel utilisateur 951886

Depuis 30 ans, Ivan Bel pratique les arts martiaux : Judo, Aïkido, Kenjutsu, Iaïdo, Karaté, Qwankido et Taijiquan. Il a dirigé le magazine en ligne Aïkidoka.fr, puis fonde ce site. Aujourd'hui, il enseigne le shiatsu et la méditation qu'il exerce au quotidien, tout en continuant à pratiquer et écrire sur les arts martiaux du monde entier.

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