Aikido France Interviews — 09 septembre 2013
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En décembre 2007 lorsque j’avais rencontré Daniel Toutain, le directeur technique d’un des courants les plus puissants du style Iwama, nous avions discuté pendant 4 ou 5 heures d’affilée. Ce fut une rencontre marquante pour moi et sa qualité technique n’enlève rien à sa simplicité. Bien qu’il soit l’une des grandes figures connues de l’Aïkido actuel, il reste un homme facile d’abord et sans aucune arrière-pensée quand il parle. Lors de cette rencontre, nous avions échangé sur plusieurs sujets. Dans ce premier article qui lui est consacré, il nous raconte ses débuts en Aïkido et sa rencontre avec un maître extraordinaire : Masamichi Noro Senseï.

 

Bonjour Daniel Toutain et merci de bien vouloir vous livrer un peu. J’aimerais que vous me racontiez vos débuts sur un tatami.

Daniel Toutain : Houlà ! (sourire).

Bon, on va procéder dans l’ordre. Comment étiez-vous quand vous étiez petit ?

D.T. : Je suis né à Toulon. J’étais d’un gabarit assez petit et, paradoxalement, assez bagarreur du genre petit nerveux. Je ne me laissais pas marcher sur les pieds, quoi qu’il se passe… Lorsque ma mère est décédée, j’avais 11 ans : mon père et moi avons déménagé sur Paris. Il était pilote chez Air France. Je voulais devenir pilote comme lui, mais les longues études qu’il fallait faire pour cela m’ont vite découragé : j’étais impatient de faire quelque chose de concret dans ma vie. En fait quand j’étais adolescent, je me suis opposé à l’ordre des choses, y compris à l’école. J’ai toujours eu un caractère indépendant, je ne voulais jamais aller dans la même direction que tout le monde. J’aurais même pu mal tourner, à une époque. J’étais encore au lycée lorsque j’ai entendu parler de l’Aïkido pour la première fois : un camarade m’en parlait comme d’un truc sensationnel, qui permettait de se défendre, sans pour autant être belliqueux. Mais il me conseilla de commencer par le Judo avant d’essayer l’Aïkido.

Tiens, pourquoi ça ?

D.T. : À l’époque c’était très courant. Il faut se souvenir que lorsque Tadashi Abe Senseï est arrivé en France pour faire la promotion de l’Aïkido, il s’est adressé surtout à des judokas. À cause de ça, l’idée que le Judo était un passage obligatoire avant d’entreprendre l’étude de l’Aïkido était assez répandu. J’ai donc fait un peu de Judo en 1966, deux ans avant de commencer l’Aïkido, mais cela ne m’a pas enthousiasmé plus que ça.

Comment avez-vous débuté en Aïkido ?

D.T. : En fait, j’avais entendu parler d’un dojo tenu par un maître japonais. Mon copain de lycée m’avait beaucoup parlé de l’Aïkido et de ses armes, et cela me paraissait mystérieux, un peu magique. Je ne savais pas trop qui était ce japonais, qui s’est avéré être Masamichi Noro Senseï. Son dojo était à Pigalle : il fallait voir l’atmosphère du quartier en 1968, l’ambiance dans les rues, tout ça… Et là, on passait la porte du dojo de Noro Senseï et d’un seul coup on était au Japon ! Le cadre, le décorum, l’ambiance, c’était le Japon dans les moindres détails. Ça tranchait, en comparaison avec les rues agitées traversées quelques minutes plus tôt. Je n’avais jamais vu quelque chose de pareil, bien entendu.

Il y avait un cours pour les ceintures noires. Noro Senseï leur faisait faire un entraînement très intense. Assis, il observait. Je suis allé voir le secrétaire qui prenait les inscriptions pour le dojo. Quand je lui ai dit que je voulais m’inscrire, il m’a répondu qu’il fallait d’abord donner mes coordonnées et qu’ensuite seulement le maître donnerait sa réponse pour dire si j’étais accepté ou non.

 

C’était vraiment une introduction très traditionnelle dans un dojo.

D.T. : Oui. Ce qui est amusant c’est que huit jours plus tard, j’ai reçu une lettre m’annonçant que je pouvais venir suivre l’entraînement. J’étais ravi, bien sûr, mais des années plus tard j’ai appris qu’en réalité ce secrétaire avait fait un peu de zèle et que Noro Senseï n’était sans doute pas intervenu lui-même ! Je pense même qu’il avait plutôt besoin d’élèves, à cette époque où l’Aïkido n’était pas aussi connu qu’aujourd’hui. Mais le secrétaire avait insisté alors voilà, ça me donne une belle histoire à raconter aujourd’hui… Enfin, j’ai quand même été accepté comme élève. Je suis resté 10 ans chez Noro Senseï.

 

Parlez-moi de votre tout premier cours.

D.T. : Je ne me souviens pas de ce qu’on a fait lors de ce premier cours, mais je peux vous dire que pour moi c’était du rêve à l’état brut. J’avais tellement imaginé et voulu pratiquer que j’étais en plein rêve. Je sentais que pour moi tout un monde allait s’ouvrir, qu’il était là, à portée de ma main, et que c’était une chance terrible de commencer ainsi. J’avais le sentiment d’avoir trouvé un guide et je suis sorti ravi. Bon, à 18 ans et vu mon histoire personnelle, je cherchais aussi un père de substitution. J’idéalisais complètement ce Senseï qui m’impressionnait.

 

Comment était Noro Senseï dans ses cours ?

D.T. : Il avait un charisme extraordinaire. C’était peu après son accident de voiture. Pourtant, les entraînements étaient plus qu’intenses. Pédagogiquement, c’est dur de définir son style. Il donnait des explications globales, sans entrer dans les détails, mais il avait un sens inné pour motiver les gens, pour les stimuler et les pousser toujours plus loin. Il avait un sens du mouvement, du geste, tout simplement incroyable. Un vrai génie.

 

Quel souvenir vous a laissé ce premier maître ?

D.T. : J’ai des souvenirs très précis, en particulier de la façon dont il parlait de ses entraînements au Japon et de Maître Ueshiba… Il faut dire qu’O Senseï était encore vivant lorsque j’ai débuté avec Noro Senseï. Il parlait donc de lui au présent ; c’est quelque chose que les pratiquants et professeurs plus jeunes n’ont pas connu. C’était incroyable de l’entendre nous raconter les derniers conseils qu’il avait entendus, ou les derniers faits et gestes du grand maître. Je me souviens aussi lorsque Noro Senseï est parti au Japon, à la mort d’O Senseï, pour assister à ses funérailles.

 

Comment se passaient les entraînements ? Vous disiez que c’était intense.

D.T. : Oui c’est sûr. Les entraînements étaient durs et les anciens ne faisaient pas de cadeaux. Mais j’ai aimé tout de suite les ukemi. J’appréciais vraiment de chuter, et grâce à cela je m’y suis beaucoup entraîné. Du coup, j’étais souvent pris comme uke par la suite. J’aimais presque plus être uke que tori : c’est là que je m’exprimais le mieux en Aïkido et j’adorais participer aux démonstrations. J’ai été le partenaire de Noro Senseï pendant des années. Il invitait beaucoup de maîtres lors de stages dans son dojo, c’est comme cela que j’ai pu rencontrer de grands senseï qui m’ont marqué, comme Nakazono Senseï, Tada Senseï ou Asaï Senseï, qui était basé en Allemagne et qui était un virtuose de la chute. Et puis bien sûr Tamura Senseï, qui a eu une grande importance par la suite. Mais ça, c’est une autre histoire.

Merci de nous avoir fait partager ces souvenirs.

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A propos de l'auteur

Nouvel utilisateur 951886

Depuis 30 ans, Ivan Bel pratique les arts martiaux : Judo, Aïkido, Kenjutsu, Iaïdo, Karaté, Qwankido et Taijiquan. Il a dirigé le magazine en ligne Aïkidoka.fr, puis fonde ce site. Aujourd'hui, il enseigne le shiatsu et la méditation qu'il exerce au quotidien, tout en continuant à pratiquer et écrire sur les arts martiaux du monde entier.

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