Réflexions Techniques — 08 septembre 2013
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tai_sabakiPour pouvoir réaliser correctement n’importe quelle technique, il est indispensable de savoir au préalable se déplacer. Les débutants ont généralement tendance à bouger à l’instinct. Mais avant de dégager de la puissance dans ses déplacements, il est nécessaire de connaître parfaitement tous les pas de base, connaître les différents appuis et modes de déplacement du pied.

Quoi de plus banal qu’un pas ? Tout le monde sait marcher, la rue est pleine de piétons qui piétinent et personne ne s’extasie devant cette performance. Pourtant, qui peut dire qu’il a reçu une réelle formation pour apprendre à marcher ? Ce sont nos parents qui nous ont encouragés à faire nos premiers pas et une fois que nous étions sur nos jambes, plus personne ne s’est vraiment intéressé à la question. En Aïkido comme dans tous les budo, les pratiquants sont très surpris lorsqu’on leur réapprend à marcher. C’est une redécouverte du corps, du mécanisme de la jambe, depuis les doigts de pied jusqu’à la hanche. L’étude de la marche exige de se poser des questions sur l’utilisation de nos articulations, du balancement des bras, de nos appuis et de la répartition du poids sur nos pieds, de notre posture de dos et du placement du bassin. C’est pourquoi savoir marcher correctement, intelligemment et  efficacement dans le cadre de la pratique du Budo est une vraie remise en question.

Les pas de base

À la base de la marche et de tous les déplacements, il y a le pas. En japonais le kanji ashi (足) qui signifie le «pied», mais aussi par extension le «pas» est limpide, car il s’agit non pas d’un idéogramme, mais d’un pictogramme. Observez-le et vous pouvez voir un homme qui marche, avec le bras tendu vers l’avant. Le carré du haut représente la clé de la bouche, qui désigne par extension la tête. Nous voilà donc avec un homme qui avance. Les différents pas de base sont connus sous le nom de tai sabaki, et nous allons les examiner.

Le pas de base de la marche s’appelle ayumi ashi (pas de marche appelé aussi pas romain). Il suffit de se déplacer comme dans notre vie de tous les jours. On l’utilise lorsque l’on s’avance vers le partenaire ou bien quand on va faire ses courses.

ayumi_ashi

Dans un autre style okuri ashi (pas envoyé ou double pas) lance le pied avant dans l’orientation choisie, et le pied arrière suit comme si un fil élastique le reliait au premier.

okuri_ashi

La forme inverse d’okuri ashi se nomme tsugi ashi (pas qui suit). C’est le pied arrière qui initie l’action, lorsqu’il touche (presque) le pied avant celui-ci avance aussitôt, un peu comme deux boules de billard qui se percutent. Okuri ashi et tsugi ashi sont génériquement appelés « pas chassés ».

tsugi_ashi

Mawari ashi (pas circulaire) est bien connu des karateka, mais pas seulement. Il existe plusieurs façons de procéder. En Aïkido, on pivote fréquemment les deux pieds sur leur assise antérieure, ainsi le corps tourne en changeant d’orientation de 180°. Il est possible aussi de tourner uniquement sur la jambe avant, déplacement que l’on fait pour exécuter un mawashi geri (coup de pied circulaire) par exemple. Moins fréquent, mais très intéressant à étudier, le ushiro mawari ashi demande une rotation sur le pied arrière. Tous ces pivots servent à changer de direction.

mawari_ashi

Les aïkidoka connaissent bien le principe de l’esquive, en faisant pivoter leur hanche vers l’arrière. Ce mouvement se fait à l’aide de tenkan ashi (pas tournant). Le pied arrière réalise un arc de cercle en suivant la rotation du corps vers l’arrière, puis se positionne en ligne derrière le pied avant. Le corps aura fait un quart, un demi ou trois quarts de tour, selon l’effet recherché. Il s’associe souvent avec le principe irimi.

tenkan_ashi

Plus complexe à réaliser, roppo ashi (pas de marche dans un couloir) est utilisé dans les arts du sabre, mais aussi en Aïkido afin de donner plus d’amplitude à un déplacement par exemple. Il faut faire passer ″le bol″ du pied postérieur devant le pied antérieur, puis avancer d’un pas plus grand, le pied antérieur. Cela impose de mettre un genou dans le creux de l’autre genou lorsque les jambes se croisent. C’est la marche utilisée avec un sabre sur le côté ou une lance.

ropo_ashi

Suri ashi (pas qui frotte) est un déplacement particulier qui se fait en gardant les pieds au contact du sol. Les pieds auront une petite tendance à décrire non pas des lignes droites, mais des arcs de cercle à concavité extérieure. Ce déplacement est assez fréquent dans les formes traditionnelles de Karate comme le Goju ryu, Wado ryu ou le Uechi ryu, car il offre une stabilité de tous les instants.

suri_ashi

Mal connu et pourtant présent dans la plupart des kihon d’Aïkido, hiriki ashi (pas latéral) permet de s’ouvrir un chemin pour passer le corps. On le retrouve par exemple sur chudan tsuki kotegaeshi, (c’est le 3ème pas), ou yokomen uchi ikkyo (3ème pas là aussi) et bien d’autres techniques. On l’utilise beaucoup dans la pratique du sabre (Aïki-ken, Iaïdo, Kendo), uke étant face à soi, il permet un déplacement de côté au moment de la coupe afin de trancher sans être tranché.

hiriki_ashi

Les déplacements plus avancés comme irimi-tenkan (voir Réflexions sur irimi et tenkan) ou sankaku ne sont que des compositions de plusieurs pas de base. Irimi-tenkan sera souvent fait d’un okuri ashi suivi d’un tenkan ashi. Sankaku est composé d’un hiriki ashi puis d’un okuri ashi. Mais souvenez-vous que rien n’est tout à fait figé et qu’il est possible d’exprimer différemment ces déplacements.

Les types de marche

iriminage_1Pour se déplacer, il faut choisir une direction. Mae pour avant, ushiro pour arrière, migi pour droite et hidari pour gauche. Mais de surcroit, il faut savoir comment poser son pied au sol. Il existe deux écoles ou plutôt deux façons de procéder.

La première consiste à poser le talon puis la pointe du pied, puis le talon et la pointe de l’autre pied, et d’enchaîner. Ce déplacement est nettement identifiable chez les pratiquants de Kung-fu du style Ba-gua, et il se retrouve dans de nombreux budo japonais. Il permet un déroulé continu de la marche. La seconde est l’inverse. On lance d’abord la pointe du pied en avant et elle touche le sol une fraction de seconde avant le talon. En préparation à un combat, le talon est généralement légèrement décollé du sol afin de conserver une tension dans les jambes, tandis que les appuis se font sur l’avant du pied. Cette manière de marcher est typique de la grande majorité des budo. Elle s’explique par le port des sabres sur le côté. S’il fallait courir avec une marche du type talon-pointe du pied, les sabres seraient tellement secoués qu’ils tomberaient hors du fourreau. Regardez attentivement les scènes de combats et de courses dans « les 7 samouraïs » d’Akira Kurosawa. Vous constaterez que tous ceux qui portent un sabre ou une lance et qui savent se battre, se déplacent ainsi. Les paysans en revanche n’ont pas tous cette façon de se décplacer et l’on voit la pointe de leur lance de bambou osciller de haut en bas, ce qui n’est pas très pratique pour viser son adversaire.

Mon avis sur la question du déplacement du pied est qu’il faut connaître et maîtriser les deux. Le déplacement talon-pointe est plus rapide, plus fluide, mais aussi plus facile à déstabiliser. Le déplacement pointe-talon offre un contact quasi permanent avec le sol, car il tend le pied horizontalement à celui-ci. Il assure ainsi une meilleure stabilité, permet de stopper net son avancée, mais il est plus lent à moins de le pratiquer constamment, y compris dans la rue. On peut pour cela marcher avec des zooris coupés juste avant le talon, afin de s’obliger à marcher sur l’avant du pied. Ce procédé n’est pas toujours très facile à maîtriser, mais il change radicalement ses appuis et son mode de déplacement. C’est une expérience à vivre pour progresser dans la voie du Budo.

____________________

Pour aller plus loin dans la réflexion sur ce thème, je vous conseille deux articles de Léo Tamaki, qui traite de la marche : La marche dans la pratique des budo et Ce que notre marche trahit est le fossé entre un maitre et ses élèves.

Nota : A propos du terme Tai sabaki, cela inclus l’ensemble des mouvements du corps. Tai signifie le corps et sabaki, une manoeuvre visant à mettre les choses en ordre. Merci à Léo pour cette précision. J’en parlerai plus en détail dans un prochain article.

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A propos de l'auteur

Nouvel utilisateur 951886

Depuis 30 ans, Ivan Bel pratique les arts martiaux : Judo, Aïkido, Kenjutsu, Iaïdo, Karaté, Qwankido et Taijiquan. Il a dirigé le magazine en ligne Aïkidoka.fr, puis fonde ce site. Aujourd'hui, il enseigne le shiatsu et la méditation qu'il exerce au quotidien, tout en continuant à pratiquer et écrire sur les arts martiaux du monde entier.

(2) Commentaires

  1. Bonjour, Ivan Sensei,
    très intéressant votre article, nous donne une idée parfaite, est très didactique.
    Merci pour votre attention.
    Bonne semaine.

    • Avec plaisir cher Ricardo.
      Mais soyez gentil, ne m’appelez plus senseï. 😉
      Ivan

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