France News — 06 octobre 2014
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pleeCet été nous apprenions (le 19 août 2014) le décès de maître Henry Plée. Je ne crois pas que beaucoup de pratiquants de moins de quarante ans comprenne bien ce qu’il fut pour le monde des arts martiaux français en général et pour le karaté en particulier. Car d’une certaine manière, c’est un peu le père des arts martiaux français qui s’en est allé, et avec lui un puits de connaissances sans fond sur ce qui fut, la passion de toute une vie.

J’ai rencontré une seule fois maître Henry Plée. J’étais jeune enseignant d’aïkido dans son prestigieux dojo, à la Montagne Sainte-Geneviève. Ce dojo est, pour tous les pratiquants parisiens, de France et de Navarre, une référence historique, un monument des arts martiaux. Son fils Pascal m’avait accepté et pris sous son aile, me permettant de donner deux cours par semaine. Je savais l’honneur que l’on me faisait et l’histoire des pionniers qui étaient passés là avant moi. Il pleuvait légèrement dans la petite cour pavée de « La Montagne » ce jour-là et j’arrivais avec mon gros sac sur le dos, mes armes à l’épaule, quand je vois arriver dans le sens inverse Pascal et Henry Plée, père et fils ensemble. Pascal me présente et derrière ses lunettes Henry me dévisage. « Ah c’est toi le petit nouveau ? Tu as lu ce qui est accroché sur le mur du dojo ? ». Le dojo n’était pas encore rénové comme il l’est aujourd’hui et le magasin encore au deuxième étage du bâtiment en face. Lisant les kanjis, j’avais décrypté l’énorme calligraphie trônant sur le mur du dojo. De mémoire, les deux caractères disaient « étudier » et « endurer », ce que je lui dit, trouvant curieux d’ailleurs que l’on utilise le mot « nin » comme dans ninja. La réponse ne tarda pas.

« Cela veut dire pratiquer dans la souffrance, étudier dans l’endurance, transpirer tout ton corps dans la pratique. Fais honneur à l’esprit de ce dojo ». Puis il reparti sans ajouter un mot. Ce type de comportement me rappelait ceux des japonais que j’avais croisés, un peu bourru mais allant droit au but, ne s’occupant pas des fioritures pour faire passer le message le plus important à leurs yeux. Pascal par la suite vint adoucir les angles (un jour je parlerai de lui, car c’est un homme bon et un pratiquant de talent qui m’a marqué) mais je n’en avais pas besoin. J’ai apprécié à sa juste valeur.

dojo la montagne

Le nouveau dojo de la Montagne, ou Académie Pascal Plée de nos jours.

Il n’est pas besoin de faire la biographie d’Henry Plée, le célèbre auteur des Chroniques Martiales qui a nourri de ses réflexions une ou deux générations de lecteurs. On trouve son histoire partout sur Internet, même si une biographie détaillée et complète vaudrait vraiment le coup (de la part de ses fils, Thierry et Pascal ?). En revanche, il me semble juste de dire que les arts martiaux en France ne seraient pas ce qu’ils sont aujourd’hui sans lui. Il créa son dojo, il créa les premiers magazines spécialisés d’arts martiaux, il popularisa le terme même d’arts martiaux à la place de sports de combat en leur donnant leurs lettres de noblesse, il fut un pratiquant de Judo de haut niveau dès les années 50 (5° dan), il créa sans doute la première boutique d’équipement pour les arts martiaux, il introduisit le Karaté en France et fut longtemps le plus haut gradé de cette discipline (10° dan), il fut le premier à faire venir de grands maîtres (à ses frais) japonais, il introduisit l’art du bâton (bô-jutsu), il propulsa pas mal des grands noms de la scène martiale, il fut aussi un excellent politicien (il avait formé la plupart des cadres des fédérations) et un homme d’affaire (le premier de son genre) efficace dans son univers. Bref, il fut un pionnier dans toutes les branches que nous connaissons aujourd’hui de notre univers martial.

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Premier cours de bô-jutsu en France sous sa direction

Mais en dehors de la stature de monument dont tous les pratiquants de France sont les héritiers plus ou moins conscients, c’était surtout un infatigable chercheur. Reconnu pour ses compétences, il avait accès à des documents que lui confiaient les plus grands maîtres de l’archipel nippon et sans doute d’ailleurs aussi. Sa bibliothèque personnelle est certainement un trésor sans prix. Puis il publia deux études complètes sur les points de vie et les points vitaux, deux ouvrages qu’aucun occidental n’aurait pu rêver dans ses rêves les plus fous. Ces livres sont toujours des références sur ce thème et aussi pour la partie historique qu’ils révèlent.

Je voudrais exprimer ici tout ma sympathie à Pascal Plée et mes condoléances à la famille, même si c’est avec un peu de retard. Mais il n’est jamais trop tard pour honorer les gens qui le méritent.

Thierry, Henry et Pascal Plée

Thierry, Henry et Pascal Plée

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A propos de l'auteur

Nouvel utilisateur 951886

Depuis 30 ans, Ivan Bel pratique les arts martiaux : Judo, Aïkido, Kenjutsu, Iaïdo, Karaté, Qwankido et Taijiquan. Il a dirigé le magazine en ligne Aïkidoka.fr, puis fonde ce site. Aujourd’hui, il enseigne le shiatsu et la méditation qu’il exerce au quotidien, tout en continuant à pratiquer et écrire sur les arts martiaux du monde entier.

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