Aikido France Interviews — 24 juin 2014
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Si l’Aikido est une activité ouverte à tous quelque soit l’âge et sa condition physique, il reste rare d’y rencontrer des personnes handicapées. L’association Handi-Valide de Rocbaron est l’une des petites structures qui intègre dans la pratique des personnes handicapées et valides. Nous avons pu interviewer Magali Chambenoit pour nous parler de l’association et ses projets futurs.

N. D : Bonjour, l’association Aikido Handi Valide existe depuis quelques années, pourriez-vous nous décrire ses actions ?

M C : En réalité c’est l’Atelier d’Aikido handi-valide qui existe depuis quelques années. Il avait pour objectif de chercher comment intégrer des personnes en situation de handicap dans une pratique régulière d’aïkido, et d’en tirer des idées d’outils pédagogiques, axes de réflexions et autres astuces pour simplifier l’intégration du public « handi » dans les cours dispensés en club. Nos axes de recherche sont principalement :

  • Outils pédagogiques : c’est-à-dire, fournir des idées qui améliorent la prise en charge d’une personne en tenant compte de son handicap,
  • Actions de sensibilisation : sous forme de portes ouvertes, nos élèves et nous-mêmes mettons des aïkidokas devant les problématiques du handicap (mises en situation, ateliers de réflexion, …). L’objectif est de démontrer la faisabilité et les mettre au contact de personnes en situation de handicap, pour qu’ils apprivoisent le handicap et les peurs qu’ils peuvent en avoir.

Initialement l’atelier se voulait être une sorte de « cours de soutien » où chacun puisse prendre le temps qu’il lui faut pour trouver comment s’adapter à une pratique de l’aïkido qui lui corresponde, dans l’idée de soulager un professeur qui suivrait un élève «  handi ».
J’étais partie de ma propre expérience en pensant que, comme moi, d’autres ont besoin de plus de temps pour comprendre et s’approprier les choses. Et surtout, je ne me voyais pas comme un professeur, et j’estimais qu’il y avait suffisamment de professeurs pour ne pas essayer d’en devenir un.

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La réalité de notre projet est qu’un élève débutant n’a qu’un professeur et que l’on veuille ou non… nos élèves nous ont adoptés comme étant leurs professeurs. Nous forgeons notre expérience en donnant des cours à des groupes mixtes (handi-valides) ; les élèves « handis » savent que nous ne pouvons rien leur promettre, mais qu’ensemble nous travaillons à repousser les limites.

Grâce à nos actions de communication sur Internet, nous sommes connus et reconnus dans l’Aïkido « handi », en France et ailleurs. C’est ainsi que nous avons été accueillis par Sabake Sensei à Kumamoto avec des honneurs inattendus et fait l’objet d’un reportage ; et que récemment, nous avons été ambassadeurs de l’Aïkido « handi » en Turquie, pour Présenter à la ville de Izmir notre vision de l’Aïkido Handi-Valide, et leur donner des axes de développement pour l’intégration des personnes handicapées par le biais de l’aïkido.

L’Association d’Aïkido Handi-Valide et Disciplines Associées (AAHVDA) est née récemment, du constat que l’on ne devait pas se cantonner à l’aspect « club » de la pratique handi-valide ; et que, de fait, nous étions sollicités en France et à l’Etranger, pour des représentations divers. Le but de l’Association est d’aider au développement de projets « handi-valide » en France et ailleurs.
Nous avons désormais besoin de fonds pour soutenir des projets que l’on nous soumettra, et :

  • développer un site Internet réunissant tout type d’information et d’outil pédagogiques pour le prise en charge de personnes handicapées sur un tatami ou en dehors, dans le contexte d’une pratique martiale ;
  • d’aider au développement de projets « handi-valides » en France et ailleurs ;
  • développer des projets dans des pays émergents et en voie de développement d’insertion de personnes handicapées parmi les personnes valides au travers de l’Aïkido notamment.

N. D : Cette initiative étant partie de votre expérience, pourriez-vous nous décrire votre parcours et comment avez-vous découvert l’Aikido ?

M C : Je suis arrivée à l’Aïkido à l’âge de 15 ans, un peu par hasard. J’ai tout de suite bien aimé… j’étais l’ado dans un cours adulte convivial. A l’époque, on pensait juste que j’étais très souple. On ignorait tout de ma pathologie.
Je suis partie de ce petit club de province pour faire mes études. Ces dernières me prenant du temps, je me suis un petit peu éloignée des tatamis, et rapidement, ma santé s’est dégradée.

On a posé un diagnostique à l’âge de 20 ans. J’ai mis plusieurs années à reprendre l’Aïkido. Entre temps, j’ai découvert le monde du handicap, les centres de rééducation, les blessés de la vie, les vivants dans un corps mort, tous ceux qui essaient de vivre ….

A cette période l’Aïkido m’était formellement interdit, ainsi que tout ce qui pouvait ressembler à un élément de ma vie d’avant… J’étais mal en point, et j’ai décidé de reprendre ma vie en main. Ainsi, j’ai fini par retourner sur les tatamis….

N. D : Quels sont les différents types de handicaps rencontrés et comment la pratique est-elle adaptée pour en tenir compte ?

M C : Nous avons rencontré des personnes portant des handicaps assez lourds qui ne se seraient jamais adressées à un autre club : IMC (infirmité motrice cérébrale), traumatisé crânien, tétraplégique. Et nous avons été les premiers surpris d’attirer ces personnes. Mais nous étant affichés « handi-valides » et n’ayant pas d’expérience, initialement, nous ne pouvions reculer. Nous avons eu peur nous-mêmes au début. Mais en fait, nous avons su apporter à ces élèves, au travers de l’aïkido, du respect, du bien être, de la prise de confiance en soi, de l’autonomie,… L’Aïkido s’est révélé plus riche que nous ne l’avions perçu. Lorsque l’on prend en charge une personne portant un handicap « lourd », il ne faut plus penser à lui faire pratiquer de l’Aïkido, mais il faut penser qu’au travers de l’Aïkido, elle trouvera des bénéfices. De plus, quand on commence à s’intéresser à ce public, il est nécessaire de faire du cas par cas, ce qui revient à avoir une personne valide qui s’occupe entièrement d’elle. L’Aïkido peut apporter un grand bénéfice à ces personnes, mais elles sortent du cadre d’un cours d’Aïkido.

Nous avons aussi accueilli des élèves portant des handicaps auxquels je m’attendais, comme des hémiplégies, SEP, trisomie, surdité,… Effectivement, mis à part quelques attentions particulières à fournir, ou d’outils pédagogiques à mettre en place, la plupart de ces élèves suivent normalement les cours. Ils évoluent à leur rythme dans la pratique de l’aïkido. Ils sont autonomes. Nous veillons à leur apporter des explications adaptées, à leur faire prendre conscience de leur corps ; mais ils pourraient aussi bien s’intégrer dans un autre cours, si leur professeur d’investissait un peu.

N. D :De votre expérience quels sont les bénéfices qu’apporte la pratique de l’Aikido aux handi ?

M C : J’ai pu constater que de pratiquer une discipline sans compétition, avec des personnes valides, est psychologiquement très enrichissant. Car, facilement, lorsque l’on a un handicap, on peut rejeter un échec sur l’autre, or en Aïkido, on est amené à accepter de se remettre en question.
Qui plus est, les traditions martiales sont propices au sentiment de respect mutuel.
Je pourrais en dire beaucoup sur les bienfaits psychologiques et sociaux de la pratique handi-valide.

L’Aïkido présente l’avantage de la non-compétition, du la non-opposition, et de permettre de faire travailler les publics en les mélangeant…Seniors, enfants, femmes, sportifs, non-sportifs,… handicapés…

Les bénéfices physiques sont également énormes…. On peut travailler sur la tonicité musculaire, sur l’assouplissement, l’équilibre, ….

N. D : Quel type d’outils pédagogiques mettez-vous en place ? Pourriez-vous donner un exemple à nos lecteurs ?

M C : Par exemple, nous avons mis en place une approche de l’aïkido en fauteuil roulant qui est transposable sur toute personne en fauteuil manuel, et qui aide à prendre conscience du déséquilibre du partenaire, de la force transmise dans l’attaque, dans l’intention d’attaquer…. Il s’agit d’absorber la force du partenaire en faisant bouger le fauteuil sans en toucher les roues. Une fois cela acquis, on enseigne à utiliser les roues avec parcimonie et intégrer ces gestes dans la technique. Mais l’essentiel est de garder le contact avec le partenaire…de travailler sur le déséquilibre…

N.D : A l’échelle nationale, existe-t-il d’autres associations comme la votre ? Où peut se renseigner un futur pratiquant ?

M C : En Aïkido, pas à ma connaissance… Il n’existe, encore une fois qu’une somme de bonnes volontés isolées, ayant des actions locales. Heureusement qu’elles existent ! Et le but de l’AAHVDA est de mutualiser ces initiatives, de collecter leurs coordonnées pour qu’un pratiquant « handi » puisse trouver des informations.
– Pour un enseignant souhaitant intégrer dans son cours une personne handicapée, y-a-t-il des erreurs à éviter ? Peut-il s’appuyer sur l’expérience d’autres professeurs ?

Oui, il y a toujours des erreurs à éviter …et l’erreur de base est de ne pas oser communiquer avec l’élève qui connait son handicap. L’idéal serait aussi de s’adresser à des professeurs ayant rencontré de pareilles situations, car ils donneraient tous des idées complémentaires ; il n’y a pas qu’une réponse type à un handicap type. Car le handicap ne fait pas la personne, et c’est bien à la personne que l’on s’adresse dans l’enseignement et non à son handicap…

C’est pour ces raisons que nous voyons bien l’intérêt d’un site Internet qui recenserait les outils pédagogiques mis en place par chacun… comme autant d’ingrédients pour faire sa propre cuisine et mijoter une recette adaptée à la personne que l’on a en face de soi. Chacun peut y trouver des pistes qui enrichiront sa pédagogie, même pour le public de personnes « valides ».

N. D : Avez-vous des retours d’expérience lorsque l’enseignant est lui-même handicapé ? Le regard des valides est-il différent ?

M C : J’en ai très peu. En Aïkido, je ne connais que Fabien et moi. Lui est sourd, mais son Aïkido n’est jamais remis en question et tous les publics le comprennent parfaitement. Quant à moi, je ne me sens pas professeur. J’ai une façon de faire de l’aïkido qui est celle que je me suis appropriée avec mon corps. Je peux montrer un chemin, une voie possible, mais quand il s’agit de revenir sur les bases techniques, je me sens bien mal à l’aise ; mais j’en suis bien capable.
Par ailleurs, je sais que même en tant qu’élève, les valides me voient différemment, et me montrent parfois bien peu de respect…

N. D :L’AAHVDA a été créé fin 2013 pour promouvoir l’intégration des personnes handicapées parmi les personnes valides, quelles seront ses actions dans le futur ?

M C : Nous avons créé l’AAHVDA (Association Aïkido Handi-Valide et Disciplines Associées), qui a pour but de promouvoir la pratique « handi-valide » et l’intégration des personnes handicapées dans des clubs existants. Pour développer des actions, il va falloir chercher des fonds pour développer des projets qui nous sont proposés – ce qui représente un travail colossal -, par ailleurs, nous allons continuer à répondre aux invitations, à réaliser des démonstrations, nous maintiendrons l’organisation de journées de sensibilisation telles que nous en avons déjà proposées par le passé.

Dans le courant de l’année scolaire 2014-2015, nos efforts vont se concentrer sur un projet dans un pays en voie de développement, qui sera monté en partenariat avec d’autres associations dont les objectifs corrèlent aux nôtres.

N. D : Où peut-on vous contacter pour plus d’information ?

AAHVDA@gmail.com
Ou encore notre page Facebook : Aïkido Handi Valide ou Association d’Aikido Handi Valide et Disciplines Associées

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A propos de l'auteur

Nouvel utilisateur 951886

Depuis 30 ans, Ivan Bel pratique les arts martiaux : Judo, Aïkido, Kenjutsu, Iaïdo, Karaté, Qwankido et Taijiquan. Il a dirigé le magazine en ligne Aïkidoka.fr, puis fonde ce site. Aujourd’hui, il enseigne le shiatsu et la méditation qu’il exerce au quotidien, tout en continuant à pratiquer et écrire sur les arts martiaux du monde entier.

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