Histoire Japon Judo — 11 avril 2018
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Il est des photographies qui marquent les pratiquants et le cours de l’Histoire des arts martiaux. J’affectionne particulièrement celles que je vais vous présenter ou de vieux maîtres posent ensemble avec tout leur sérieux et leur aura. Il y a des années de cela, je cherchais des images de Jigōrō Kanō jeune. Hélas, le fondateur du Jūdō  a surtout été photographié à un âge avancé. Mais en fouillant toujours plus loin, je suis tombé sur cette image où il est au centre avec une canne et une belle moustache. Mais la photographie raconte une toute autre histoire : celle de la place du Jūdō  au Butokukai.

 

L’idée d’une maison, un dojo, un temple ou lieu qui regrouperait le meilleur des arts martiaux du Japon ne date pas d’hier. Si l’on en croit les écrits, l’empereur Kanmu (桓武天皇, Kanmu Tennō, aussi écrit Kammu, 50e empereur du Japon, 737 – 9 avril 806) voulut déjà créer une telle institution. Accédant au pouvoir en 781, il fit construire à Kyōtō en 794 le Butokuden (武徳殿, Hall des Vertus militaires), près du temple Heian, afin de stimuler les vertus de la Chevalerie. Les artistes martiaux les plus éminents étaient reconnus et notés dans les annales de ce temple.

Le Butokuden en 1900

Mais il faut attendre 1895 et l’appui de l’empereur Meiji pour fonder une véritable organisation qui protégerait et soutiendrait les arts martiaux japonais, alors en danger de mort face à l’arrivée des techniques militaires occidentales. C’est la création de la Dai Nippon Butoku Kai (大日本武徳会, association pour les arts martiaux du grand Japon). Preuve en est de cette volonté de conservation, l’association Dai Nippon Butoku Kai se trouvait sous la houlette du ministère de l’Éducation, afin de pouvoir le transmettre aux nouvelles générations.

La personnalité qui partage le mieux cette vision du renouveau du Japon, des arts martiaux et de leur diffusion à travers l’Éducation nationale est Jigōrō Kanō. Le 1er juillet 1899, le ministère de la Guerre le nomme comme président du Centre d’étude des arts militaires japonais, à la suite du rattachement des arts martiaux (dont le Jūdō) au ministère. On est alors en pleine montée du nationalisme japonais. Les liens entre le Jūdō et la politique furent étroits, à cause de la position de Jigorō Kanō et de ses relations influentes, et ce pendant longtemps.

Jigōrō Kanō fera un long travail de promotion des arts martiaux dans les écoles, à commencer avec son Jūdō, mais en introduisant rapidement le Kendo comme méthode d’entraînement sportive pour les élèves de tout le pays. Des commissions d’experts venant de différentes écoles traditionnelles étaient chargées d’uniformiser les techniques et les méthodes d’entraînements. Par exemple, pour le Kendo on retrouvait les maîtres des écoles Hokushin Itto-ryū, Jiki Shinkage-ryūn Kyoshin Meichi-ryū, Musashi-ryū, Ono-ha Itto-ryū et Shindo Munen-ryū. Leurs travaux aboutirent à la création du Kata de Kendo du grand Japon impérial.

Le 24 juillet 1906, nous le retrouvons tout naturellement placé en plein milieu de cette photographie historique qui réunit la commission Jūdō/Jū-jutsu devant les portes du Bokuden, en compagnie de nombreux de maîtres de l’époque.

Si les membres du Jūdō  Kodokan sont nombreux pour appuyer la position de Jigōrō Kanō, ils ne sont pas les seuls. Voici les membres regroupés par écoles :

  • Fusen-ryū : Mataemon Tanabe
  • Jūdō Kodokan : Jigōrō Kanō, Hoken Satō, Hidekazu Nagaoka, Sakujiro Yokoyama, Hajime Isogai, Yoshiaki Yamashita
  • Kyushin-ryū : Yazo Eguchi
  • Miura-ryū : Masamitsu Inazu
  • Shiten-ryū : Kumon Hoshino
  • Sekiguchi-ryū : Jushin Sekiguchi, Mokichi Tsumizu
  • Sosuishi-ryū : Kehei Aoyagi
  • Take(no)uchi-ryū : Koji Yano, Hikosaburō Ōhshima, Kotarō Imei, Shikatarō Takano
  • Totsuka-ha Yoshin Ryū : Hidemi Totsuka
  • Yoshin-ryū : Takayoshi Katayama, Katsuta Hiratsuka

Grâce à cette liste, on peut entrapercevoir les luttes de pouvoirs qui sont déjà à l’œuvre entre les vieilles écoles (notamment la Takeuchi-ryū, avec 4 membres représentant de la plus vieille école de Jūjutsu du Japon, fondée en 1532) et le petit nouveau (Jūdō Kodokan, représenté par 6 membres, fondé en 1882). On notera au passage que les écoles que Jigōrō Kanō avait étudiées avant de créer son Jūdō, ne sont pas représentées (Tenjin Shin’yō-ryū et Kitō-ryū). Il faut dire que le but de cette réunion était de convaincre les maîtres de Jūjutsu d’aider Kanō à établir les katas de son Jūdō Kōdōkan. Il ne fallait donc pas que les écoles d’origines puissent l’accuser de plagiat.

De plus, la volonté d’uniformiser les techniques de son Jūdō via des katas bien précis tient à une raison on ne peut plus simple. En effet, le Jūdō qui était enseigné au Butokuden par son ancien élève Hajime Isogai (qui débute au Kōdōkan en 1891, puis sera nommé par Kanō au Butokukai en 1899) s’intitulait désormais Butokukai Jūdō car il était légèrement différent de celui du Kōdōkan. La version de Kanō mettait l’accent sur les nage-waza (projections debout) tandis qu’Isogai insistait sur le ne-waza (techniques au sol). Cette divergence entre le maître et l’élève n’aurait pas été si grave si les étudiants d’Isogai n’étaient systématiquement vainqueurs sur ceux du Kōdōkan. Kanō dû remettre l’accent sur le ne-waza pour pouvoir faire face (et ne pas la perdre plus longtemps). Finalement, Isogai recevra le 10e dan en 1937, mais entre-temps, le Jūdō avait été uniformisé.

(A suivre : Histoire du Butokukai)

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A propos de l'auteur

Nouvel utilisateur 951886

Depuis 30 ans, Ivan Bel pratique les arts martiaux : Judo, Aïkido, Kenjutsu, Iaïdo, Karaté, Qwankido et Taijiquan. Il a dirigé le magazine en ligne Aïkidoka.fr, puis fonde ce site. Aujourd'hui, il enseigne le shiatsu et la méditation qu'il exerce au quotidien, tout en continuant à pratiquer et écrire sur les arts martiaux du monde entier.

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