Histoire — 17 octobre 2015

Entre 1275 et 1281, l’empire mongol d’un côté et le Japon de l’autre cherchèrent avant tout à se reconstruire et à tirer des leçons de la tentative d’invasion. Que faut-il faire et ne pas faire pour réussir la prochaine invasion ? Comment mieux défendre l’archipel de l’appétit vorace de Kubilaï Khan ? Quelle place jouera la Corée dans cette histoire ? Chacun des acteurs va utiliser à leur manière les 6 années qui séparent les deux grandes invasions mongoles sur le Japon.

Du côté de la Corée

generaux coréensLorsque l’on parle de ces grands événements militaires entre l’empire sino-mongol et le Japon, on oublie bien souvent de prendre en considération la Corée. Pourtant, c’est de ce pays que sont parties les armadas sur leurs navires. Mais au retour de 1274, les généraux coréens ne se souciaient pas trop de la réussite ou de l’échec de la tentative d’invasion. Ils ne faisaient qu’obéir aux ordres du Khan, forcés et contraints. En revanche, l’état d’épuisement généralisé du pays était davantage au cœur de leurs préoccupations. La capitale Gaeseong fut le principal port de retour de ce qui restait de l’armada. Les généraux mongols rentrèrent à Pékin, puis à Cambaluc, faire leur rapport à Kubilaï Khan, suivi de près du général coréen Kim, porteur d’une lettre de son roi. Celui-ci implorait de revenir à un état de paix afin de laisser son pays se remettre de la guerre. Les taxes importantes, la rébellion à ses frontières, la construction de la flotte d’invasion et finalement le retour des soldats ont mis l’économie coréenne à terre. Il lui fallait du temps si le Khan voulait retenter sa chance.

Du côté de la Chine mongole

De son côté, le Khan renvoya une ambassade au Japon, sans que l’on sache qu’elle fut sa teneur. Après deux mois de voyage, les ambassadeurs arrivèrent à Kamakura auprès du Shogun, et on n’entendit plus jamais parler d’eux. Ils furent décapités Enoshima et leurs têtes mises en place publique. Jamais auparavant aucune ambassade n’avait été traitée de cette manière. La décision en revient au bakufu seul, sans avoir demandé l’avis à l’empereur. Khubilaï n’entendit parler de leur mort que des années plus tard. Il ne s’attendait pas particulièrement à ce que les Japonais se soumettent à son autorité puisque dans le même temps, il relança les préparatifs pour une nouvelle invasion. Il donna ordre au roi de Corée de construire une nouvelle flotte et envoya des troupes dans ce sens.

temple décapités mongols

(Autel de Enoshima qui représente les décapités de l’ambassade mongole)

Mais cet ordre fut arrêté par le grand rêve de Khubilaï qui venait enfin à sa portée : réunir toute la Chine. Le long siège de Xiangyang exigea toutes ses ressources. Même lorsqu’en 1275 Hangzhou la capitale du Sud tomba, il lui fallut quatre années supplémentaires pour mettre un terme à la dynastie des Song du Sud. Mais ce retard ne fut pas inutile, car il mit la main sur toute la flotte du sud de la Chine, qui comprenait des centaines de navires. De plus, les Chinois du Sud seraient sans doute plus enclins à combattre contre les Japonais, ces derniers étant associés aux terribles wako, ces pirates qui venaient ravager leurs villes côtières.

Du côté du Japon

bakufu kamakuraLa période de répit de ces sept années ne fut pas perdue par le Japon non plus. Se doutant bien que les Mongols reviendraient à la charge un jour où l’autre, le pays fut maintenu en état d’alerte permanent. Un programme militaire considérable fut déployé pour pallier aux manques constatés pendant l’épisode de 1274. Afin de stimuler les esprits, ceux qui avaient fui pendant la bataille furent châtiés. Une garde côtière fut créée et le recrutement des gokenin en dehors de Kyushu commença à battre son plein. Cette tension monta encore d’un cran en 1277 lorsque les Japonais apprirent la chute des Song du Sud, comprenant alors que l’attention du Khan reviendrait immanquablement sur leur archipel.

Un des préparatifs les moins connus de l’Histoire est la préparation d’un raid japonais sur la Corée en 1276. La flotte devait se réunir autour de Kyushu tandis que les troupes seraient fournies par les provinces occidentales. Mais le raid préventif n’eut finalement jamais eu lieu.

La même année, une série de murs défensifs furent construit dans la baie d’Hakata, au total une 20aine de kilomètres. L’idée était de créer des points où ancrer l’avancée des Mongols afin de pouvoir déployer des contre-attaques. Cette ligne de défense fut disposée à 50 mètres du rivage. Mais si la planification ne prit que deux mois, sa réalisation fut plus longue, car à la charge des seigneurs qui rechignèrent à déployer leurs paysans et constructeurs, et devoir les payer de leurs poches. N’imaginez pas une muraille à la chinoise, unie et haute en taille, mais plutôt des murs parsemés d’à peu près 1,5 m de haut.

Préparation de l’invasion

En 1279, les restes des résistants Song furent définitivement battus. Khubilaï ordonna alors rapidement aux habitants sous le fleuve Yangtse de construire rapidement quelque 600 navires sous la direction d’un ancien commandant Song. Parallèlement, une autre ambassade fut envoyée au Japon. Elle fut décapitée à peine débarquée à Hakata. Un mois plus tard, un ancien représentant des Song écrivait une lettre au Bakufu. Celle-ci présentait la situation en ces termes : « La dynastie Song a rencontré son destin et sa fin entre les mains des Mongols. Il y a une chance que ce danger se dirige vers le Japon, et nous avons pris le risque de vous en informer ». Quel que soit le danger encouru par ce mystérieux informateur, les Japonais connaissaient déjà parfaitement les risques. Rien de neuf en quelque sorte.

palais ete pékin

(Palais d’été de Pékin)

À l’automne 1280, Khubilaï Khan organisa une réunion au sommet de sa hiérarchie dans son palais d’été. Il y exposa son nouveau plan d’invasion, qui tenait clairement compte de l’expérience de la précédente tentative. Il insista sur la nécessité absolue de « pacifier » Tsushima et Iki avant de tenter sa chance dans la baie d’Hakata. Il tint compte également de la féroce résistance rencontrée par ses guerriers et décida de changer d’échelle tout court. Plus d’hommes, plus de chevaux, mais aussi des fermiers pour nourrir durablement ses troupes en vue d’une occupation du sol nippon. Pour trouver la quantité nécessaire d’hommes, il gracia tous les criminels qui voulurent bien s’engager dans l’aventure. Du coup, son armée fut trois fois plus grande qu’en 1274. La flotte « classique » partirait de Corée, mais surprise, une seconde flotte viendrait du sud de la Chine en faisant quelques 768 kilomètres pour fusionner avec la première, au large d’Iki. L’ordre de départ viendrait le premier mois lunaire de l’année 1281.

Les dés en étaient jetés.

mongtake(Revue des troupes japonaises sur le mur de défense d’Hakata)

 

 

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A propos de l'auteur

Nouvel utilisateur 951886

Depuis 30 ans, Ivan Bel pratique les arts martiaux : Judo, Aïkido, Kenjutsu, Iaïdo, Karaté, Qwankido et Taijiquan. Il a dirigé le magazine en ligne Aïkidoka.fr, puis fonde ce site. Aujourd'hui, il enseigne le shiatsu et la méditation qu'il exerce au quotidien, tout en continuant à pratiquer et écrire sur les arts martiaux du monde entier.

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