Japon Kenjutsu Ryu et arts martiaux — 01 septembre 2017
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Si tous les pratiquants d’arts martiaux japonais connaissent le nom de Miyamoto Musashi (1584-1645), c’est parce qu’il n’a jamais perdu un seul duel. Mais il n’est pas le seul à avoir survécu à tous les duels qui émaillent une vie dédiée à la voie du sabre. Un peu avant Musashi, Itō Ittōsai (1560-1653) s’est taillé lui aussi une réputation de géant du sabre.

L’histoire d’Itō Ittōsai commence de manière étrange, à l’âge de 13 ou 14 ans (selon les sources). Les premières traces que nous connaissons aujourd’hui du récit de sa vie commencent lorsqu’il s’échoua dans la baie de Sagami. Il flottait dans la mer, accroché à un bout de bois depuis l’île d’Oshima (qui fait partie de l’ensemble des îles Izu). Il s’appelait alors Yagorō, mais avant ce jour, on ne sait rien de lui. Il fut recueilli par les habitants d’un petit village côtier du nom de Itō (qui deviendra son nom de famille). Il fut logé sous le plancher du petit autel du village et attira rapidement l’attention par sa pratique assidue du bokken. Il disait à qui voulait bien l’entendre qu’il serait un jour un grand maître de sabre. La méfiance naturelle des villageois envers un étranger dura jusqu’à ce que le village fût attaqué par des bandits. Yagorō se dressa contre les attaquants et les mit en déroute.

Comme il voulait être un grand bretteur, les paysans lui offrir en reconnaissance de quoi faire un voyage à la recherche d’un maître de kenjutsu qui lui apprendrait une technique digne de ce nom. Bien que la période Kamakura soit finie depuis longtemps, c’est vers cette ville qu’il se dirigea, car c’était une ville qui véhiculait l’esprit des premiers shoguns. Il s’arrêta alors au sanctuaire Shinto de Tsurugaoka Hachimangū où il fit des prières pour rendre hommage aux dieux. Le choix du sanctuaire en dit long sur l’esprit de Yagorō. Construit en 1063, le lieu fut choisi par le shogun Minamoto no Yoritomo pour installer sa capitale à Kamakura en 1191. Le dieu Hachiman devint alors le dieu de la guerre et le protecteur des shoguns Kamakura. C’est donc au dieu de la guerre que Yagorō fait ses prières, puis, ne sachant que faire, il s’entraîne au sabre dans l’enceinte du temple.

Temple Shinto de Tsurugaoka-Hachimangu à Kamakua.

Un jour, il se fit attaquer par un assaillant inconnu. Sans réfléchir et de manière inconsciente, Yagorō tire son épée et tranche d’un seul coup l’individu. Ne comprenant pas ce qui vient de se passer, Yagorō découvre un aspect fondamental de ce qui sera sa philosophie de l’art du sabre. Il appellera plus tard cet état de non-conscience et d’action simultanée Musōken (夢想 剣). Musōken est une technique offensive ou défensive qui est livrée spontanément et sans y penser, anticipant pleinement le mouvement d’un adversaire. Cet état est très proche du Mushin (ou esprit sans pensée) que l’on retrouve dans les arts martiaux et dans le zen. Il créa les techniques zetsumyo ken (sabre ineffable) et muso ken (sabre miraculeux) en référence à cet instant quasi mystique. On imagine bien que pour arriver à tel état de vigilance et de spontanéité, sans parler de maîtrise technique, Yagorō est l’héritier d’une longue lignée de pratiquants de kenjutsu, même si ses origines n’en disent rien.

Musha shugyo

Décidant de poursuivre son voyage, il décide de faire un musha shugyō, c’est à dire une quête itinérante où un apprenti bushi traverse le pays en défiant les tenants des écoles de sabre. Ces duels ne sont pas toujours à mort. C’est aussi une manière d’étudier. Parfois un maître accepte d’enseigner une technique, une école accepte d’intégrer l’étudiant pour un temps, ou bien celui-ci se perfectionne en devenant garde du corps ou mercenaire pour un seigneur. Dans les premiers temps, il rencontre Jisai Kanemaki (1536-1615), maître de l’école Chujō-ryū. Celui-ci va le prendre comme étudiant pendant quelque temps. Jisai Kanemaki était l’élève de Toda Seigen et jouissait d’une grande réputation pour sa technique de sabre très courte et très rapide. À travers l’école Chujō-ryū, il apprendra également les bases de la vieille école Nen-ryū dont elle est issue. Puis, Yagorō reprend son chemin à travers le Kansai et le Kanto, bien décidé cette fois à tester ses talents de duelliste. Il faut dire qu’à ce moment-là il possède un sabre d’une grande qualité, produit par les forgerons de l’école Ichimonji. Avec ce sabre incomparable (au regard des piètres lames dont nous disposons aujourd’hui), il ne remporta pas moins de 33 duels[1]. À cause de ces duels, il arriva ce qui arrivera plus tard à Musashi. Il faut attaquer par les élèves d’une école qui cherchait à se venger de la mort de leur maître. Cette attaque eut lieu alors qu’il se reposait dans une chambre. De l’affrontement contre plusieurs personnes dans un lieu fermé il Yagorō aura une seconde révélation dont il tirera le principe Hosshato (engagement multiple).

A la fin de son voyage, il décida de changer de nom et se fit appeler Itō Ittōsai Kagehisa. Il modifia la forme de l’école Chujō-ryū pour l’enrichir de ses expériences et de ses réflexions, tout en y apportant son bagage personnel lorsqu’il s’entraînait tout seul dans les temples. De tout cela il affirmera que l’essence de son style se trouve dans la compréhension de maai (distance espace-temps), hyoshi/choshi (timing/rythme), hasuji (littéralement,” ligne de lame “, trajectoire et/ou ciblage) et kurai (attitude mentale et physique ou préparation).

Naissance d’un style

L’un de ses premiers disciples fut Mikogami Tenzen (1565-1628) également connu sous le nom de Ono Jiroemon Tadaaki. Tadaaki était en relation avec le célébrissime moine Takuan Sōhō (1573-1645) et par ce biais, il permit leur rencontre et influença l’esprit du style de sabre qui était en gestation.

Le moine Takuan Soho en compagnie d’un samouraï.

Moins turbulent que Musashi (que Takuan connaissait aussi pour lui avoir tendu un piège et l’avoir obligé à rester dans une prison à lire), Ittōsai fut très sensible à l’esprit du Bouddhisme Zen. Très imprégné par l’esprit du Zen, il définira son style d’une seule phrase : itto sunawachi banto, soit littéralement « un sabre (ou d’une technique de sabre) donne naissance à dix mille sabres (ou techniques) ». À partir de ce moment-là, il appellera son école Ittō ryū, ce qui signifie « école d’Un Seul Sabre ». Ce nom est le reflet de la vision intérieure que l’on vient de citer, mais également un hommage au fait qu’il s’est battu avec un seul sabre tout au long de sa vie. Ce sabre est célèbre puisqu’il sera donné à chacun des soke de la branche principale de l’école, comme nous le verrons dans l’étude de l’école Ittō ryū.

(À suivre)…

———————–

[1] Que les fans de Musashi se rassurent, il reste le maître absolu avec 60 duels invaincu.

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A propos de l'auteur

Nouvel utilisateur 951886

Depuis 30 ans, Ivan Bel pratique les arts martiaux : Judo, Aïkido, Kenjutsu, Iaïdo, Karaté, Qwankido et Taijiquan. Il a dirigé le magazine en ligne Aïkidoka.fr, puis fonde ce site. Aujourd’hui, il enseigne le shiatsu et la méditation qu’il exerce au quotidien, tout en continuant à pratiquer et écrire sur les arts martiaux du monde entier.

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