Japon Kenjutsu Ryu et arts martiaux — 20 septembre 2017
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Après une vie d’études et de duels, Itō Ittōsai Kagehisa créa son style de kenjutsu. Celui-ci connut un retentissement extraordinaire dès la période Edo. Mieux encore, il fut à l’origine d’un grand nombre d’écoles de kenjutsu, connu de multiples variations du style d’origine et servit de base au kendo moderne.

 

Le style de kenjutsu que Itō Ittōsai créa insistait sur un point important : une seule lame, un seul coup. La grande force de son style tient non pas forcément dans la complexité technique, mais dans la capacité de trancher la ligne centrale de l’adversaire. Pour cela, il faut une grande force physique et un bon ma-aï. Ce style simple mais puissant séduisit rapidement les samouraïs de l’époque Edo, à tel point qu’il devint – avec l’école Shinkage ryū – l’un des deux styles officiels des shoguns Tokugawa. Cette diffusion est le fait de son premier (mais pas le seul) disciple : Ono Jiroemon Tadaaki (1565-1628). Celui-ci devint plus tard les d’un des deux maîtres de sabre des deux premiers shoguns Tokugawa (il servit aussi, mais plus brièvement, Iemitsu le 3e shogun), ce qui explique l’immense popularité du style Ittō ryū. Toutefois, son caractère trop rugueux ne collait pas avec les manières de la cour shogunale et malgré sa supériorité technique, il ne jouissait pas des faveurs et du respect qu’inspirait Yagyū Munenori.

Ono-ha Ittō ryū

Pourtant, ce n’est pas sous ce nom que l’école est connue, mais sous le nom de sa première variation, celle de Ono Jiroemon Tadaaki. En effet, le disciple fit lui aussi une synthèse de ses expériences et de son étude avec Itō Ittōsai. Il devint le second soke de l’école Ittō-ryū mais en modifiant le contenu technique, il donna son nom à la branche qu’il développait : Ono-ha Ittō ryū. Le grand changement introduit par Tadaaki fut de se concentrer sur le duel au sabre et non pas sur les techniques du champ de bataille qui nécessite d’apprendre le maniement de plusieurs armes et du port de l’armure. Ce n’est pas étonnant, car l’époque Edo est une période de paix où le Japon est enfin unifié (pour mieux comprendre cette évolution, lire Histoire et classification des arts martiaux japonais) et le bushi (guerrier) devient samouraï et garde du corps lors des déplacements des nobles à travers le pays. Mais il imposa de conserver les mouvements du corps comme si l’on portait encore l’armure de combat, au cas où. Ainsi les disciples du Ono-ha Ittō ryū pouvaient s’adapter à la ville comme au champ de bataille. Une autre évolution de taille fut l’introduction d’un sabre factice, de type shinaï afin d’éviter les blessures trop nombreuses que l’on subissait dans toutes les écoles classiques.

Notez les protections importantes qui couvrent les mains.

Le cursus technique de l’école comprend plus de 150 techniques pour le wakizashi comme pour le katana. Mais l’axe central de la technique est kiri otoshi, sous « couper vers le bas ». Cette simple coupe doit être unique, ce qui veut dire que le pratiquant doit sentir à tout instant qu’il peut trancher à travers la ligne centrale de l’opposant, en déviant son sabre. Cette fausse simplicité reflète le respect de la sentence du maître « un sabre élève dix mille sabres », que l’on peut comprendre également par « une coupe/technique permet dix mille coupes/techniques ». Cette coupe fondamentale, une fois maîtrisée, permet la compréhension de toutes les autres possibilités de coupes. L’école Ono-ha Ittō-ryū est reconnu aujourd’hui comme la première et plus ancienne branche de l’école Ittō-ryū.

Le 4e soke, Tadakazu, instruisit le seigneur de Tsugaru (aujourd’hui préfecture d’Aomori) – Tsugaru Echigo-no-kami Nobumasa – à l’ensemble du cursus de l’école. Une branche distincte naquit dans ce district, mais petit à petit d’autres clans, familles ou seigneuries apprirent et développèrent de leur coté le style Ono-ha Ittō ryū, ce qui ne fit que renforcer le prestige de l’école à travers toutes les grandes villes du Japon. Aujourd’hui ce style est encore très vivant et s’est internationalisé. On le trouve sur tous les continents.

Mizoguchi-ha Ittō ryū

Mizoguchi Shingoemon Masakatsu fut le disciple du second soke de l’école Ono-ha Ittō-ryū, qui s’appelait Ono Jiroemon Tadatsune. L’un de ses étudiants répondant au nom de Ito Masamori s’en fut dans ce qui est actuellement la tristement célèbre préfecture de Fukushima. Là il rencontra le clan Aizu et leur enseigna la technique de Mizoguchi à un certain Edamatsu Kimitada. Toutefois, il partit avant d’avoir enseigné l’intégralité de l’école. Edamatsu Kimitada transmis ce savoir à un certain Ikegami Jozaemon Yasumichi.

Bien conscient que le niveau technique de ses vassaux n’était pas encore au point, le daimyo donna l’ordre à Ikegami de partir pour Edo pour achever sa formation. Une fois sur place, il étudia non seulement tout le cursus de la Mizoguchi-ha Ittō ryū, mais également bien d’autres écoles de kenjutsu. Lui aussi fit une synthèse de ses expériences et créa la branche Aizu de l’école Mizoguchi. Il transmit ce savoir à tous les guerriers du clan dans la région d’Aizu-Wakamatsu. Mais ce style est bien loin de la version originale, d’autant que les samouraïs d’Aizu avaient déjà d’autres bases techniques. Voilà comment de branche en branche, d’évolution en évolution, les styles se modifient et donnent naissance à de nouvelles écoles.

Kata de kodachi contre katana

Le style de Mizoguchi est celui qui a le plus de différence avec l’école de Itō Ittōsai. Lorsqu’on regarde les katas de toutes les branches, on retrouve les mêmes bases et les mêmes techniques, mais pas chez Mizoguchi. Cette particularité permet à la Mizoguchi-ha d’être plus qu’une école dérivée. Dans ce cas-là, on peut parler de style à part entière. Le cursus est constitué de cinq techniques au sabre long et trois techniques au sabre court, toutes ayant une version « omote » (extérieure, surface) et « ura » (intérieure/ plus sophistiquée). En tant qu’école traditionnelle du clan Aizu, établi à Fukushima, elle se perpétue au sein de la préfecture de Fukushima et de sa fédération locale de kendo.

Il semble que Sokaku Takeda, maître de Daïto ryū et enseignant de Morihei Ueshiba, bien qu’ayant toujours affirmé maintenir la tradition du clan Aizu, ait eu une approche du sabre beaucoup plus proche de Ono-ha Ittō-ryū que de Mizoguchi-ha, en tout cas c’est ce qu’en disait son fils Tokimune.

Nakanishi-ha Ittō ryū

Nakanishi Chuta Tanesada étudia avec les 5e et 6e soke de l’école Ono-ha Ittō-ryū, (soit Ono Jiroemon Tadakata, et Ono Jiroemon Tadakazu). Il créa sa branche en étant le plus fidèle à la branche Ono-ha. Son fils, Nakanishi Chuzo Tanetake, lui succéda. Conscient de l’évolution du kenjutsu vers une forme moins destructrice, celui-ci introduisit le bogu (équipement de protection) et le shinaï (sabre de bambou) dans l’entraînement quotidien. Le shinaï n’est pas une nouveauté, on le trouvait déjà dans les écoles Nen-ryū, Shinkage-ryū et Tatsumi-ryū. En revanche l’équipement de protection préfigure l’arrivée du kendo. En effet, les protections évitent les blessures gravent et permettent des assauts libres de plus grandes intensité, ce qui va rapidement ouvrir sur une nouvelle révolution : la création de matchs, puis de règles.

Ces nouveautés vont rendre la branche de Nakashini très populaire et elle attirera de nombreux pratiquants. Parmi eux on trouve les fondateurs de nombreuses écoles comme Terada Gouemon (fondateur de la branche Tenshin-ha Ittu-ryū), Shirai Toru (le successeur de Terada), Takayanagi Matashiro Toshitatsu (fondateur de la branche Takayanagi-ha Toda-ryū), Asari Yoshinobu (enseignant de Yamaoka Tesshu qui fondera l’école Ittō Shoden Muto-ryū ; voir plus bas), et Chiba Shusaku (fondateur de la branche Hokushin-ha Ittō-ryū). Comme on peut le voir, la Nakinishi-ha inspira un grand nombre de sabreurs qui devinrent tous des figures importantes de la fin Edo et début Meiji.

Kogen Ittō-ryū

La Kogen Ittō-ryū, a été fondée par Henmi Tashiro Yoshitoshi, un élève de Sakurai Gosuke Nagasame qui fut l’un des représentants de la branche Mizoguchi-ha. Ce qui est amusant dans cette école c’est que Sakurai, le professeur de Henmi, reconnut la supériorité technique de son élève. Après quelques années, celui-ci devint l’étudiant de son élève pour apprendre le style Kogen-ha. Il faut dire que la famille Henmi était déjà connue pour ses talents en kenjutsu, bien qu’ils n’appartiennent pas à la noblesse et exploitent eux-mêmes leurs propres terres.

Le système d’école des Henmi était original : on payait en travail dans les champs. Les cours de ken avaient lieu le matin et le soir, l’après-midi était consacré aux travaux agricoles. Autre particularité : l’école était ouverte à tous ceux qui en faisaient la demande. Le dojo se trouve à Saitama (nord de Tokyo) et existe encore dans sa forme d’origine (15m x 5m). Henmi Chifuji est actuellement le neuvième soke de l’école.

Hokushin Ittō-ryū

La Hokushin Ittō-ryū fut fondée à la fin de l’ère Edo (fin 1820) par Chiba Shusaku Narimasa (1793/94-1856) qui était l’un des derniers grands samouraïs qui soit très réputés. Jeune il étudia tout d’abord le style familial, la Hokushin muso-ryū puis la Nakinishi-ha Ittō-ryū. Après des années d’entraînements, il décida de faire à l’ancienne un musha shugyo pour tester les autres écoles. Il s’aperçut ainsi qu’il manquait des éléments essentiels dans l’art du kenjutsu qu’il avait étudié. Il décida de nommer sa branche à la fois en respect de l’art martial familial et de celui du fondateur Itō Ittōsai car le Ittō-ryū reste le cœur de la formation.

Le dojo Gembukan qu’il ouvrit dans le quartier de Kanda (quartier de Tokyo réputé aujourd’hui pour ses librairies) était le plus grand de la période Edo (au 19e siècle). L’école Hokushin Ittō-ryū devint alors parmi les plus connues de cette époque, avec Jikishinkage-ryū, Kyoshin Meichi-ryū, Shingyoto-ryū, and Shinto Munen-ryū. Mieux encore, le dojo était situé juste de l’autre coté du croisement où se trouve la Tenjin Shinyo-ryū jujutsu de Iso Mataemon Masatari. Ils étaient bons amis, collaborant étroitement et leurs étudiants étaient souvent inscrits dans les dojos.

L’école fut également une alliée de la famille Tokugawa de Mito et devint une des écoles officielles sur leur domaine. Par ce biais elle fut affiliée à la Shin Tamiya-ryū qui était enseignée sur place. Aujourd’hui, les deux écoles sont enseignées au Mito Tobukan Dojo.

Ittō Shoden Muto-ryū

Ittō Shoden Muto-ryū a été fondée par Yamaoka Tetsutaro Takayuki, mieux connu sous le nom de Yamaoka Tesshu. Yamaoka fut l’un des samouraïs les plus remarquables, non pas de son époque, mais de toute l’histoire du Japon, avec une vie bien remplie et riche en aventures. Son père était un fonctionnaire des Tokugawa et sa mère venait d’une famille en charge des cérémonies Shinto du sanctuaire de Kashima. Dès son plus jeune âge il fait preuve d’un grand intérêt pour les arts martiaux. C’est tout naturellement qu’il commença par étudier la Kashima Shinden Jikishinkage-ryū, l’école du sanctuaire, à l’âge de neuf ans. Lorsque sa famille déménage à Takayama, il commence l’école Ono-ha Ittō-ryū. A 17 ans il entre à l’institut militaire gouvernemental Kobukan. En parallèle, il entre à l’école Yamaoka pour étudier l’art de lance, mais le maître (Yamaoka Seizan) meurt juste après son arrivée. Plus tard il sera instructeur de kenjutsu au Kobukan, puis en 1863 il devint instructeur de la Roshigumi (unité de ronins, force auxiliaire de l’armée) et enfin chef de la Seieitai (unité de garde du corps du 15 shogun Tokugawa).

Le nom de son école indique qu’il insistait sur le fait qu’il transmettait les techniques correctes de l’Ittō-ryū, mais il ajouta « muto ». Ce terme lui vient de sa grande expérience du Zen qui lui permit d’atteindre l’éveil à l’âge de 45 ans. Il comprend que seule la pureté du style est importante, pas l’utilisation du sabre pour combattre. Son style de combat était surnommé « sans épée » ». Il meurt à 52 ans en juillet 1888, non sans avoir laissé un million d’œuvres (peintures, poésie, haiku, etc).

Conclusion

L’école Ono-ha Ittō ryū et les deux autres grandes branches que nous avons vues vont lancer une véritable floraison d’autres branches. À ma connaissance, aucune école auparavant n’aura fait autant de rejetons dans l’histoire du kenjutsu.

Toujours dans la lignée Ittō ryū on trouve encore Yamaguchi Ittō-ryū, Kaji-ha Ittō-ryū, Tenshinden Ittō-ryū, Sekiguchi Ittō-ryū. Mais toutes les écoles de kendo sont la suite directe des changements introduits dans les écoles de kenjutsu. D’ailleurs, nombreux sont les étudiants de Kendö à apprendre encore aujourd’hui les différentes branches de l’école Ittō-ryū, car ainsi ils ne perdent pas les notions de techniques profondes et de tactiques de combat, ce qui leur permet d’expérimenter la tradition (kenjutsu) et la forme sportive (kendo).

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A propos de l'auteur

Nouvel utilisateur 951886

Depuis 30 ans, Ivan Bel pratique les arts martiaux : Judo, Aïkido, Kenjutsu, Iaïdo, Karaté, Qwankido et Taijiquan. Il a dirigé le magazine en ligne Aïkidoka.fr, puis fonde ce site. Aujourd'hui, il enseigne le shiatsu et la méditation qu'il exerce au quotidien, tout en continuant à pratiquer et écrire sur les arts martiaux du monde entier.

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