Réflexions — 07 avril 2015
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Il y a des années de cela, mon ami Jean-Marc Dessapt me disait qu’il y a de nombreux chemins pour mener au sommet de la montagne. Mais certaines voies sont plus rapides que d’autres. Il s’agissait bien entendu des chemins pour progresser sur la Voie de l’éveil personnel. Après des années à réfléchir sur ce thème, je vous propose d’explorer la voie du guerrier, qui intéressera les lecteurs de ce blog.

La voie du guerrier n’est pas ici celle du Bushido. Le contexte historique ici ne m’intéresse pas, ni la zone géographique, le temps où l’époque. Hors de ce contexte, le guerrier peut se définir comme celui qui va apprendre un ou plusieurs arts martiaux, dans le but de s’en servir. Il va dans un premier temps, découvrir la violence, l’affrontement, le courage, la peur, le sang et la mort. Cette confrontation directe avec ces notions fondamentales de la vie humaine va le pousser à certaines limites physiques et psychologiques, mais surtout l’enrichir d’expériences qu’il ne pourrait pas faire autrement qu’en prenant des risques importants, voire mortels.

samourai voie du guerrier

S’il survit assez longtemps pour cela, le guerrier va affiner ses techniques, les répéter, puis éventuellement avec l’âge, les transmettre à son tour pour former une nouvelle génération de guerriers. Mais pour lui, la phase d’expérience directe est terminée. La voie du guerrier passe désormais par la conceptualisation, l’intériorisation, la recherche et l’affinement des sensations. Il peut travailler et retravailler ses mouvements, sans craindre de périr à chaque seconde. Cette étape lui laisse également du temps pour penser et se poser des questions. Pourquoi avoir choisi la voie de la confrontation avec autrui ? Qu’est-ce que cela lui a enseigné sur la vie ? De la mort ou de la vie, quelle est la voie la plus enrichissante ? Le fait de tuer un autre que lui est-il aussi satisfaisant que le fait de s’associer à un autre ? Ou de l’éduquer ? Ou de partager ?

Peu à peu, avec le temps et l’âge, la pratique martiale se fait intérieure et même méditative. Les gestes peuvent se dépouiller de leur technique mortelle pour devenir symboliques, éducatives et même avoir pour but de renforcer les pratiquants plutôt que de les démolir, tant dans leur corps que dans leur esprit. C’est d’ailleurs le but magnifique que s’est alloué l’aïkido d’après-guerre. Toutes les voies martiales au sens de DO, vont dans la direction de l’accomplissement de l’individu, de la révélation de soi à lui-même.

Cependant, ce cheminement n’est pas sans écueils. Toutes sortes d’embûches se dressent sur le chemin et il est de loin le plus long pour amener à la paix intérieure et à la sagesse. Une vie n’est pas de trop pour atteindre ce but. Les embûches se nomment ego (comme pour tout le monde) mais avec ici une notion de pouvoir de vie ou de mort sur les autres qui a perdu tant de personnes sur la Voie. Il est en effet tentant de devenir le chef, le plus fort, le maître, le shogun ou l’empereur et cette non-maîtrise de soi sur la Voie du guerrier se paye généralement au prix fort du sang des autres et parfois du sien. Le fait de nuire à autrui est-il un moyen de progresser sur la Voie… j’en doute. La vie ne respecte que la vie et non sa destruction.

guerrier apaise meditation

Pour qu’un art martial soit une Voie du guerrier, il faut que celui-ci soit bien entendu techniquement honnête, mais surtout qu’il pousse ses pratiquants à aller à la rencontre d’eux-mêmes, à se confronter avec eux-mêmes, à s’accepter avec leurs forces et leurs défauts, à travailler les deux jusqu’à épuisement, puis finalement à transformer leur individualité et leur pratique. C’est une vision, certes détournée, de la transformation alchimique, mais à titre individuel. Le pratiquant devient un guerrier sur la Voie lorsqu’il a réussi à intérioriser son combat, afin de ne plus faire souffrir, afin de trouver le calme intérieur, afin de pouvoir aider les autres à se construire, toutes ces notions qui sont l’antithèse des postulats de base d’un art martial au sens premier du terme. Dans ces conditions transformées et apaisées, le guerrier peut alors monter vers son éveil au sommet de la montagne.

Prochain épisode : la voie de l’artisan

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A propos de l'auteur

Nouvel utilisateur 951886

Depuis 30 ans, Ivan Bel pratique les arts martiaux : Judo, Aïkido, Kenjutsu, Iaïdo, Karaté, Qwankido et Taijiquan. Il a dirigé le magazine en ligne Aïkidoka.fr, puis fonde ce site. Aujourd'hui, il enseigne le shiatsu et la méditation qu'il exerce au quotidien, tout en continuant à pratiquer et écrire sur les arts martiaux du monde entier.

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