Réflexions — 06 octobre 2013
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salut_seichusenLe salut dans un Budo comme l’Aïkido est l’une des pierres angulaires de la discipline. Partie intégrante de l’étiquette dans un dojo, il est souvent mal compris et donc mal exécuté par les débutants. Voici quelques clés pour comprendre le sens et l’intérêt du salut.

Dans l’esprit asiatique, qu’il soit japonais, chinois ou autre, le salut reste un geste important de la vie quotidienne. Tout d’abord, il a bien entendu comme chez nous, un rôle social de reconnaissance et de présentation. Mais il reflète également la position sociale de celui qui salue et de celui qui est salué, afin de respecter les conventions de la hiérarchie sociale. Cette hiérarchie est très importante en Asie et particulièrement au Japon. Enfin, c’est tout simplement un acte de courtoisie. Dans le cadre d’un budo, le salut est très marqué, et ce, à de nombreuses occasions. En Aïkido, on débute et on achève le cours par un salut. Le salut intervient également à la fin de chaque explication ou démonstration du professeur. Il se fait également lorsque deux partenaires débutent et finissent leur travail ensemble. Tous ces saluts ont un sens qui lui vient des origines des arts martiaux.

Les arts martiaux étaient au départ des arts de la guerre, pratiqués par des guerriers capables de tuer n’importe qui sur ordre ou pour la moindre contrariété. Mais pour faire une armée, il fallait organiser des troupes d’hommes aux pulsions meurtrières et aux ego souvent incompatibles entre eux. Pour éviter la tuerie à l’intérieur même de l’armée et arriver à la discipliner, des règles ont été créées pour calmer les ardeurs et insister sur le principe de respect de la hiérarchie. De l’ensemble des règles de bonne conduite permettant des relations non agressives entre personnes du même clan, est née l’étiquette.

salut-shogun

On retrouve naturellement cette étiquette dans les dojos. Les règles de conduite qui compose l’étiquette commencent par le salut. Mais le sens ici a changé par rapport aux origines. En Aïkido, les pratiquants étudient un budo, c’est-à-dire une voie de développement personnel, autant spirituel que physique. Pour avancer dans cette voie, il a fallu que quelqu’un la trace (O Senseï Morihei Ueshiba dans ce cas), qu’un autre la transmette (son professeur) et qu’un autre encore vienne transpirer avec soi pour découvrir la technique. Le salut est alors et avant tout un remerciement.

 

Techniquement parlant, il existe plusieurs sortes de salut.

Ritsu-rei, le salut debout

ritsu-rei

Le regard en direction de l’endroit ou la personne à saluer, en inclinant le buste vers l’avant (environ 30°), le dos droit. Puis retour à la position debout. La profondeur du salut dépend de l’occasion. Dans tous les cas, il convient de garder le dos droit, en particulier au niveau de la nuque qu’il ne faut pas baisser. La direction du regard joue un grand rôle pour différencier le type de salut. Il convient en général de garder le regard à l’horizontale, vers le partenaire ou l’enseignant, sauf dans le cas d’un salut au kamiza où à une personne que l’on tient à honorer particulièrement. Traditionnellement, la position des mains diffère selon les sexes. Les femmes saluent en laissant les mains glisser vers leurs genoux, alors que les hommes saluent les mains le long du corps.

 

Seiza-rei, le salut assis

seiza-reiSe tenir pieds joints, ouverture à 45°, posture droite, regard portant devant soi, bras aligné le long du corps, dos de la main légèrement orienté devant soi (musubo-dachi). Sans déplacer les appuis ni les mains, plier les genoux en orientant le genou gauche vers l’avant pour établir le premier contact avec le sol. Ramener l’autre genou à distance de deux poings fermés environ du premier (un poing pour les femmes), pieds en appui sur les orteils, puis sur les coups-de-pied. Prendre appui en se redressant, regard toujours tourné vers l’avant. Les mains sont naturellement placées en haut des cuisses, légèrement orientées vers l’avant, sans prendre appui. Épaules relâchées, coudes près du corps (position seiza). Glisser la main gauche vers le sol pour la placer devant soi, pouce ouvert. Placer la main droite à côté de façon à dessiner une sorte de triangle, symbole d’unité et d’équilibre. Incliner le buste sans relever le bas du corps de façon à placer le visage au cœur du triangle formé par les mains, regard baissé en signe de confiance. La main droite revient ensuite la première. Comme pour l’ordre des genoux, l’ordre des mains correspond à la possibilité de dégainer un sabre.

Il existe d’autres formes de salut à genoux.

En Judo, les deux mains vont ensemble au sol. Ceci est justifié par l’absence d’armes dans la pratique courante.

Dans le Koshiki-no-kata de Judo, les deux partenaires sont censés porter une armure de Samouraï, aussi le salut se fait-il en « pont », c’est-à-dire en se mettant à quatre pattes à partir de la position haute à genoux (kiza).

Le salut en entrant dans le dojo, montre le respect que l’on a pour ce lieu, pour la pratique, l’art qui est enseigné à cet endroit et pour son propre engagement dans la discipline. Le salut au kamiza est un remerciement pour le fondateur, pour nous avoir offert la possibilité de découvrir cette voie. Le salut au professeur est un remerciement direct à sa personne pour nous guider dans cette voie et de nous dévoiler les techniques. Enfin, le remerciement au partenaire consacre le fait qu’il ait bien voulu prêter son corps pour mettre en pratique les techniques et nous aider à progresser dans la voie. Sans fondateur, professeur et partenaire, il n’y a pas de Budo. Ce qui revient à dire que sans l’autre, nous ne serions rien. C’est pourquoi le salut est un remerciement que l’on doit ressentir profondément au fond de soi. Un salut, pour tous ceux qui vous aident dans votre étude et votre évolution.

OSensei-admire-temple

Le salut n’est en AUCUN CAS, un acte de soumission à un enseignant, ni un acte religieux (il existe un amalgame sur ce point, notamment chez les musulmans pratiquants). Il exprime simplement du respect et de la gratitude. L’irrespect et l’ingratitude sont deux éléments qui ne peuvent pas avoir lieu dans un dojo, pour la simple raison qu’ils font naître des tensions, qu’ils permettent de casser l’étiquette, donc de remettre en cause le système du Budo et d’ouvrir une faille dans laquelle s’engouffre bientôt un retour à la violence, à l’égo personnel avant le groupe, etc.

O Senseï Morihei Ueshiba disait « L’Aïkido existe pour donner leur juste place aux plantes, aux arbres, aux oiseaux, aux mammifères, aux poissons, aux insectes jusqu’au moindre moucheron ». Le sens de cette phrase, n’est compréhensible qu’en respectant l’étiquette, en saluant et en remerciant, car très vite on se sent comme un acteur minuscule d’un ensemble plus vaste dans lequel nous avons un rôle et une responsabilité, dans lequel nous trouvons notre place parmi tous les êtres vivants.

A méditer donc à chaque fois que l’on trouve sa place dans le dojo et que l’on salue.

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A propos de l'auteur

Nouvel utilisateur 951886

Depuis 30 ans, Ivan Bel pratique les arts martiaux : Judo, Aïkido, Kenjutsu, Iaïdo, Karaté, Qwankido et Taijiquan. Il a dirigé le magazine en ligne Aïkidoka.fr, puis fonde ce site. Aujourd'hui, il enseigne le shiatsu et la méditation qu'il exerce au quotidien, tout en continuant à pratiquer et écrire sur les arts martiaux du monde entier.

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