Films — 16 mars 2017

Après des années à regarder toutes sortes de films asiatiques et notamment de kung-fu et de samouraïs, je me suis fait la réflexion qu’il y’en avait quand même quelques uns qui sortaient du lot et qui méritaient d’être recommandé. Un de mes réalisateurs préférés dans ce genre souvent plein de nanars est incontestablement Yoji Yamada. Pour moi il est le digne héritier d’Akira Kurosawa, mais en plus moderne et plus apaisé. Commençons par « Le samouraï du crépuscule », petit bijou sur la vie des samouraïs.

A mes yeux deux moments de l’histoire japonaise trouvent grâce : la christianisation de l’archipel qui finit par la rébellion de Shimabara et l’ère Meiji. Cette dernière est particulièrement intéressante, notamment pour tout ce concerne les samouraïs et les changements acceptés ou non, qu’ils durent subir pour entrer de plein pied dans l’ère moderne. C’est à ce moment-là que se déroule l’action de ce film.

Synopsis

A l’époque du déclin des samouraïs, à l’aube de l’ère Meiji. Seibei Iguchi est un samouraï de basse caste. Devenu veuf, il doit s’occuper seul de ses deux fillettes, de sa mère malade, après de lourdes heures de travail comme gestionnaire d’entrepôt. Comme il rentre toujours tôt, ses amis et voisins le surnomment « Seibei le Crépuscule ». Ils lui conseillent de se remarier, mais comme il est pauvre, il devra se contenter de n’importe quelle femme.


C’est alors que réapparait la belle Tomoe, son amour de jeunesse, qui a divorcé d’un mari brutal. Un soir qu’ils sont ensemble, l’ex-mari, en état d’ivresse, les surprend, et provoque Seibei en duel : ce dernier arrive néanmoins à le vaincre avec une simple épée de bois, en usant de techniques enseignées par un vieux maître.
La rumeur de sa victoire se répand, et son clan le désigne alors pour mater un samouraï rebelle très dangereux…

Mon avis

Ce que j’aime chez Yoji Yamada c’est tout d’abord le rythme. Celui-ci est lent, loin des films plein de cris et de sang, de combats à tous bouts de champ. Ici, tout passe lentement, tranquillement, au pas de Seibei qui n’est pas intéressé par la gloire et les faits d’armes. De plus, les couleurs rappellent volontairement celles des colorisations de photos lors de l’ouverture du Japon en 1859-60. Il faut se rappeler que l’arrivée de la photographie date de l’arrivée des premiers américains et anglais, pas avant. Cette couleur donne au film quelque chose de nostalgique, ce qui était sans doute à peu près ce que les samouraïs devaient ressentir à l’époque. Ils sentaient que c’était la fin d’une époque justement.

Seibei Igushi, le héros humble et touchant de cette fresque en demi-teintes, évolue aussi loin que possible de l’habituel guerrier de film de sabre. S’il sait manier les armes avec dextérité, ce veuf mélancolique, surnommé « le Crépuscule » par ses pairs, passe plus de temps à contempler tendrement ses filles, à travailler la terre ou à remplir de la paperasse qu’à faire des pirouettes meurtrières. Il est même, à sa façon, un peu marginal, affichant, par son refus de partager les passe-temps de sa classe ou d’épouser une femme qu’il n’aurait pas choisie, une sorte de rébellion douce. Présentation scrupuleuse des moeurs et des contraintes de l’époque, ce récit, plutôt classique dans sa forme, trouve sa force et son intérêt dans ce côté « nouvelle Histoire », mais aussi dans l’humanité palpitante de ses personnages, filmés et interprétés avec sensibilité.

Pour ceux qui aiment les combats, le duel est très intéressant d’un point de vue technique. Je le trouve relativement réaliste contrairement à bien des films. Les amateurs d’arts martiaux, auront donc eux aussi leur content.

 

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A propos de l'auteur

Nouvel utilisateur 951886

Depuis 30 ans, Ivan Bel pratique les arts martiaux : Judo, Aïkido, Kenjutsu, Iaïdo, Karaté, Qwankido et Taijiquan. Il a dirigé le magazine en ligne Aïkidoka.fr, puis fonde ce site. Aujourd'hui, il enseigne le shiatsu et la méditation qu'il exerce au quotidien, tout en continuant à pratiquer et écrire sur les arts martiaux du monde entier.

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