Histoire Japon — 09 septembre 2013
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Dans un article récent sur les estampes de femmes guerrières (onna musha), je me demandais qui pouvait bien être la femme bushi de la fin. Suite au commentaire de Stéphane, j’ai fait quelques recherches intéressantes. Pour le remercier et lui faire plaisir ainsi qu’à tous les lecteurs, voici l’histoire d’un cas rarissime dans les annales des arts martiaux japonais : l’histoire de Tomoe Gozen, femme samouraï.

 

Avant de s’intéresser au personnage historique, prenons le temps de nous intéresser à son nom. Tomoe Gozen (巴 御前) signifie littéralement Dame Tomoe. Ce qui est plus intéressant est la signification du mot Tomoe (巴) qui signifie « cercle ». Mais le tomoe est surtout un symbole héraldique antique, assez courant au Japon médiéval, en forme de magatama ou composé de magatamas. Ce dernier mot est en fait un symbole de la protohistoire du Japon, qui désigne un objet en forme de virgule. On pense que l’origine de ce symbole est un croc percé, ou un chiffre 9 ou encore un fœtus. Fait de verre, de jade, de pierre ou d’ambre, on les trouve encore sur les colliers des prêtresses shintô d’Okinawa lors de certaines cérémonies. L’un d’entre eux est très célèbre puisque le Yasakani no magatama fait partie du trésor national du Japon. 

 

Pour en revenir au tomoe, il suffit d’imaginer trois virgules qui se touchent par la pointe pour obtenir un tourbillon ou un vortex. Cette forme est la plus connue et porte le nom de mitsu tomoe. Elle n’est pas sans évoquer le triskel breton. D’autres tomoe ne comportent qu’un ou deux  magatama, comme vous pouvez le voir dans l’image ci-dessous. Le tomoe figure souvent dans les môn des corporations d’artisans ou dans les kamôn familiaux (家 紋), c’est-à-dire dans le blason qui représente un clan ou une famille. Pour en finir avec la sémantique, sachez que le terme Gozen n’est donné qu’aux femmes ayant rang de bushi, c’est-à-dire de guerrier.

 

 

Tomoe Gozen naquit autour de 1160 (à l’époque Kamakura), mais sa légende a été tellement reprise et déformée qu’il est aujourd’hui difficile de connaître la vérité. Une chose est sûre c’est qu’elle était réputée dès sa jeunesse pour sa grande beauté et sa maîtrise de la naginata. Mais pas seulement. A cette époque combattante, l’art de la naginata était fréquemment enseigné aux femmes, aussi il n’était pas rare de les voir se défendre, ainsi que leur foyer et leurs enfants, avec cette arme. Mais Tomoe était également réputée pour son adresse à l’arc, à l’équitation et au kenjutsu. Les premiers soupirants firent d’ailleurs les frais de son art du combat. Elle devint finalement la compagne (épouse ou amante ?) de Minamoto no Yoshinaka et devint son captaine d’armée. Il faut savoir que jusqu’au 19ème siècle, le titre de capitaine est souvent le plus élevé dans les armées du monde.

 

 

Le Heike Monogatari dit d’elle: « …Tomoe était très belle, avec sa peau blanche et ses longs cheveux. Elle était un archer remarquable, et comme femme d’arme elle valait un millier de guerriers, prête à affronter un démon ou un dieu à pied ou à cheval. Elle était une cavalière hors pair. Lorsqu’un combat était imminent, Yoshinaka l’envoyait comme premier capitaine, équipée d’une impressionnante armure, d’un arc et une épée disproportionnée. Elle accompli plus d’actions de valeur que n’importe quel de ses autres guerriers. » (Le conte du Heike, Mccullough, p.291)

 

Après avoir repoussé le clan des Taira dans l’ouest du pays, Yoshinaka prit la capitale, Kyôto. Il commence alors à intriguer à la cour pour prendre le contrôle du clan Minamoto, allant jusqu’à enlever l’ex-empereur Go-Shirakawa. Yoritomo, son cousin et chef de clan des Minamoto, n’apprécie que moyennement la manœuvre et lui envoie des troupes pour le défaire. La bataille finale dite d’Awazu (21 février 1184), fut remportée par les troupes loyales et largement supérieures des Minamoto, alors dirigées par Noriyori et Yoshitsune. Yoshinaka fut tué par une flèche alors que son cheval était embourbé dans une rizière. Son ami et compagnon d’armes, Kanehira Imai, se suicida en chargeant à cheval contre l’ennemi avec son sabre entre les dents. Quant à ce qui advint de Tomoe, ce n’est pas clair car les histoires divergent à son égard. Une version dit qu’elle resta et mourut aux côtés de Yoshinaka. D’autres qu’elle fuit le champ de bataille en emportant une tête (peut-être celle de Yoshinaka, à moins que ce ne fut celle d’un ennemi). La suite est encore moins certaine : certaines versions prétendent qu’elle se jeta dans l’océan avec la tête, alors que d’autres la font survivre et devenir religieuse bouddhiste voire qu’elle se serait remariée.

 

 

Quelle que soit la véritable fin de Dame Tomoe, son courage, son imposante armure et son épée surdimensionnée sont des faits attestés par de nombreux témoins de cette époque et relatés dans diverses archives. Dans toute l’histoire du Japon, peu de femmes eurent l’honneur d’être reconnue comme bushi. Depuis, de nombreuses pièces de théâtre Nô ont pour thème la vie de cette femme guerrière, et la pièce qui porte directement son nom est jouée le 22 octobre de chaque année au Jidai Matsuri de Kyôto. On peut également lire une saga sur sa vie, racontée en trois tomes par Jessica Amanda Salmonson : Tomoe Gozen ; La naginata dorée ; Le guerrier de mille sanctuaires.

PS : pour mon ami Stéphane, non la dernière estampe n’est pas Tomoe Gozen, mais une autre guerrière célèbre : Hangaku Gozen.

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A propos de l'auteur

Nouvel utilisateur 951886

Depuis 30 ans, Ivan Bel pratique les arts martiaux : Judo, Aïkido, Kenjutsu, Iaïdo, Karaté, Qwankido et Taijiquan. Il a dirigé le magazine en ligne Aïkidoka.fr, puis fonde ce site. Aujourd'hui, il enseigne le shiatsu et la méditation qu'il exerce au quotidien, tout en continuant à pratiquer et écrire sur les arts martiaux du monde entier.

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