Histoire — 07 mars 2018
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Depuis le milieu du XV° siècle le Japon connaît nombre de vicissitudes. La famille impériale se bat régulièrement contre les shoguns successifs, les clans et les daimyos se déchirent entre eux, les guerres, famines et épidémies ravagent la population, des hordes de bandits et des pirates pillent le peu qui reste et le peuple se révolte contre les monastères trop riches, les impôts trop lourds et parfois même contre leurs seigneurs. C’est dans ce contexte que naîtra une idée nouvelle : celle de la réunification du pays. Cette idée sera portée par un homme hors norme : Oda Nobunaga.

En 1534, dans la province d’Owari[i], naît Oda Nobunaga au château de Shobata. Troisième fils d’Oda Nobuhide, le daimyo local, il est surtout le seul enfant légitime, les deux autres étant le fruit de relations avec des concubines. Par conséquent, dès sa naissance, il est l’héritier du clan et du domaine au sein de la province. Si sur le papier son avenir semble assuré, la réalité est tout autre. Le domaine est petit et dans la province d’Owari se trouvent d’autres fiefs avec d’autres daimyos, notamment les clans Toki, Ikeda, Niwa, Sakuma, Mikumo. De plus, le clan Oda est lui-même divisé en plusieurs branches assez peu soudées, chacun cherchant à tirer son épingle du jeu. Mais Oda Nobunaga a un atout : sa force de caractère.

 

Province d’Owari avec Nagoya dans la partie grise.

Japon actuel. La province d’Owari est visible. A vous de la retrouver 🙂

Une jeunesse tumultueuse

Placé dès son plus jeune âge au château de Nagoya, il en devient le maître à l’âge de 6 ans. C’est Hirate Masahide qui prend en charge l’éducation de Nobunaga. Vieux diplomate et homme cultivé dans les arts, c’est un homme d’expérience qui a connu Kyoto et la cour. Mais Nobunaga est une forte tête qui ne compte pas suivre les règles imposées par sa caste. Durant sa jeunesse il traîne avec des roturiers, se bat comme un chiffonnier à la moindre occasion et fréquente sans vergogne des samouraïs de basse condition. Mais pour mieux saisir l’originalité du personnage, son refus de tenir son rang et de l’étiquette qui l’étouffait, voici deux faits avérés qui en disent longs sur sa psychologie. Pendant sa jeunesse il fait partie pendant quelque temps d’une bande de kabukimono. Ces gens sont des samouraïs qui rejettent l’étiquette, utilisent un parler et un comportement vulgaire, s’habillent de couleurs vives et de kimonos longs (plutôt destinées aux femmes), font traîner leurs armes plus qu’ils ne les portent et se coiffent comme ils l’entendent sans respecter la coiffe imposée aux samouraïs. Brigands de grands chemins, parfois mercenaires, souvent ronins, ils ont la fâcheuse coutume de trancher le premier passant venu pour tester la qualité d’une nouvelle lame[ii]. Mais pour s’affirmer de cette manière et sortir du cadre social les kabukimono sont aussi d’excellents bretteurs et rares sont ceux qui viennent leur chercher des ennuis. Nobunaga va plus loin encore dans la rébellion : il est l’un des tout premiers Japonais à s’habiller à l’Occidental, ce qui, en sa qualité de chef de clan, provoque un grand scandale dans la sphère des daimyos.

Le kabukimono s’habillait de manière androgyne.

Ce comportement atypique lui valut le surnom d’Owari no utsuke-mono (« le grand imbécile d’Owari »), ce qui en dit long sur le mépris qu’il provoquait chez ses pairs. À 12 ans Nobunaga obtient la majorité civile et le droit de mener sa première campagne militaire qui consiste en une courte bataille avec la province voisine de Mikawa. Pour stabiliser la paix dans la province d’Owari, Hirate Masahide cherche à marier Nobunaga avec Nō-Hime, la fille de leur ancien ennemi, Saitō Dōsan. Le mariage a lieu au mois de mars 1549, malgré le fait que Nobunaga se présente à son futur beau-père en tenue occidentale. Les jeunes mariés ont tous les deux 15 ans. Mais le clan Oda est de plus en plus divisé. Devant les excentricités de Nobunaga, les faveurs du clan vont au premier fils, Nobuyuki. La situation s’aggrave lorsqu’en 1551 le père, Oda Nobuhide, décède. Pendant les funérailles, Nobunaga jette outrageusement l’encens sur l’autel. Ce geste a deux conséquences de taille. Une partie des vassaux du clan Oda se détournent de lui, mais plus grave encore, son mentor Hirate Masahide se fait seppuku en raison de la honte de n’avoir pas réussi à éduquer correctement ce jeune rebelle. C’est un choc pour Nobunaga. Il va d’ailleurs porter le deuil pendant un an et plus tard, il lui fera construire le temple Seishuji à sa mémoire. Nobunaga a alors 17 ans et il est presque seul face au clan Oda.

Unification d’Owari

En tant qu’héritier du clan Oda, et allié par le mariage au clan de Saitō Dōsan, Nobunaga se doit d’être en position de force. Il cherche à le montrer en aidant son beau-père contre son fils Saitō Yoshitatsu qui s’est révolté et envoie une troupe dans la province de Mino. Mais l’aventure tourne à la catastrophe. Le vieux Dōsan est tué et son armée défaite en 1556. Quelques mois plus tard, son frère Oda Nobuyuki et deux de ses alliés se retournent contre lui. Cette fois il a le dessus à la bataille d’Inō et gracie les trois rebelles grâce à l’intervention de la mère des deux fils Oda. Mais un an plus tard, tout recommence.

Le jeune Oda Nobunaga d’après une gravure datant du 19° siècle.

Anticonformiste par nature, innovateur et bagarreur par principe, Oda Nobunaga comprend du haut de ses 18 ans qu’il ne pourra vaincre en suivant les règles et que maintenant tous les coups sont permis. Il feint alors la maladie et demande à voir toute sa famille, comme s’il allait mourir. Une fois dans son château Kiyosu, il fait assassiner son frère Nobuyuki. En une seule année, il va remettre tout le clan Oda au pas, éliminant un à un tous ses opposants, y compris son conseiller Shiba Yoshikane. Cette fois toute la province d’Owari est sous son contrôle et ses voisins immédiats le craignent trop pour venir le contrarier. Mais être à la tête de son clan ni signifie pas être à l’abri, car le Japon est constitué d’une myriade de provinces toutes en compétition les unes avec les autres.

Alors que l’année 1560 arrive au mois de juin, de grands mouvements militaires se préparent. L’un des trois plus grands seigneurs du Tōkaidō, Imagawa Yoshimoto, réunit 25.000 hommes et se vante d’en avoir 40.000 pour marcher sur la capitale Kyoto, sous prétexte de venir en aide au faible shogun Ashikaga. Pour cela, il s’est allié avec les clans Takeda et Hōjō et marche en tête de l’armée avec un voisin d’Oda Nobunaga, un certain Matsudaira Motoyasu qui sera plus tard mieux connu sous le nom de Tokugawa Ieyasu. Sentant leur fin proche, le clan Oda se met sur le pied de guerre, car leur voisin et ennemi profitera immanquablement de l’occasion pour les écraser au passage. Après quelques victoires faciles, Yoshimoto et ses commandants se détendent à grands coups de saké alors que dans le même temps un violent orage éclate. N’écoutant que son courage et jouant son va-tout, Oda Nobunaga, à la tête de 3.000 hommes seulement, attaque l’immense camp qui se protège de la pluie. Malgré leur infériorité numérique il réussit à mettre l’armée en déroute et tue Yoshimoto dans ce qui sera connu comme étant la bataille d’Okehazama, près de Nogoya. Cette victoire va stupéfier le Japon tout entier et changer du jour au lendemain le statut de Nobunaga. Le clan Matsudaira se retrouve sans allié puissant et se voit contraint de se soumettre au clan Oda. L’horizon territorial de Nobunaga s’élargit.

La bataille éclair d’Okehazama

Des innovations en série

Nobunaga ne se contente pas de guerroyer : il réfléchit. Il se rend compte que pour posséder une armée et une province forte, il lui faut innover dans tous les domaines, comme l’ont fait les Qin en fondant la première dynastie de Chine. Pour cela il développe l’utilisation systématique des piques et des longues lances sur le champ de bataille, donnant lieu à une importante présence des fantassins au sein de l’armée. Il utilise aussi les armes à feu en grand nombre, fait fortifier tous les châteaux en sa possession et sur mer, lance la construction des premiers tekkōsen (cuirassés). Il instaure parallèlement une caste de guerriers qui ne sont plus récompensés en fonction de leur position sociale, mais par leurs actes de bravoure, ce qui va les motiver à chercher des récompenses en se battant comme des lions. De plus le système de récompense n’est plus basé sur la taille des terres, mais sur ce qu’elles rapportent en koku[iii] de riz.

Maquette des premiers « cuirassés » japonais.

Mais son imagination débordante ne s’arrête pas là. Il imagine également un nouveau système économique pour soutenir son effort de guerre et on peut dire par là qu’il comprit les principes de la micro et de la macro-économie. Chacun de ses châteaux devient le centre d’une région agricole où tous les paysans doivent payer l’impôt. Les centres-villes sont alors pris d’une intense activité artisanale. Chaque château reçoit l’ordre de tracer des routes en direction des autres châteaux, afin d’augmenter les échanges commerciaux et de déplacer plus rapidement ses armées. Grâce à ses ports, il créé des comptoirs en Corée et en Chine et fait largement affaire avec les namban (les barbares européens) qui s’étaient installés au Siam, aux Philippines et en Indonésie. Par le biais des Portugais et des Hollandais, il accède à de nouveaux marchés et à d’autres ressources, dont les armes à feu. Pour stimuler un peu plus l’économie, il institue la politique des rakuichi rakuza, soit l’abandon des monopoles et fait ouvrir des guildes, des unions et des associations commerciales pour multiplier les productions. Il peut alors renforcer progressivement les taxes et les impôts sur ce qui est, il faut bien le dire, le commerce le plus florissant de tout le Japon.

À la conquête de la capitale

En 1561, son ennemi de la province voisine de Mino, Saitō Yoshitatsu (son beau-frère par mariage) meurt soudainement, laissant le pouvoir à son jeune fils Tatsuoki. Aussitôt, Nobunaga commence une longue période de déstabilisation du clan Saitō. Six ans plus tard (en 1567) il lance l’assaut final, prend le château d’Inabayama et envoie Tatsuoki en exil. Il s’installe sur place et renomme le château et la ville du nom de Gifu. Ce nom est un appel clair à tous les daimyos du Japon, car c’est une référence historique à la Chine, une fois de plus, et plus exactement au mont Qi (en mandarin) d’où partit la conquête de la dynastie Zhou[iv] pour unifier et agrandir la Chine. Plus clair encore, il se met à signer sa correspondance avec un nouveau sceau qui se lit Tenka Fubu, soit littéralement « couvre ce qui est sous le Ciel avec l’épée ». Le ton est donné. La conquête totale est lancée.

Kamōn du clan Oda

En 1564, il a marié sa sœur à Azai Nagamasa, un seigneur du nord de la province d’Omi, ce qui lui ouvre la route vers Kyoto. En 1568, Ashikaga Yoshiaki[v] estime que le shogunat doit lui revenir et vient à Gifu demander l’aide de Nobunaga pour lui rendre le pouvoir. Celui-ci accepte avec joie. Mais le sud de la province d’Omi tenu par le clan Rokkaku ne veut pas les laisser passer et il faut l’ouverture de toute la province pour accéder sans crainte à la capitale. C’est le moment test pour toute la politique civile, commerciale, fiscale et militaire de Nobunaga. Aura-t-il la puissance nécessaire pour faire tomber tout un clan qu’il n’a jamais combattu ni affaibli auparavant ? Tout le Japon observe les mouvements militaires du phénomène Nobunaga et ils ne sont pas déçus. En seulement 21 jours, il conquiert les 18 châteaux qui lui barraient le chemin, soit un rythme de presque un château par jour. Pour l’époque, c’est du jamais vu. Le succès est total.

Du coup, Nobunaga entre dans Kyoto, expulse le clan local des Myoshi, et Yoshiaki devient le 15° shogun Ashikaga… mais aussi le dernier. En effet, Nobunaga refuse les titres et les honneurs qu’on lui offre et se sert du shogun comme d’un pantin pour accroître sa puissance. Mais ce dernier n’est pas dupe. En secret il forge une alliance anti-Nobunaga et contacte le clan Asakura don les Oda étaient historiquement les anciens vassaux. La montée des Oda vers le pouvoir les avait fortement contrariés. Azai Nagamasa (mari de la sœur de Nobunaga) est forcé à se joindre à la conspiration, ce qui coupe la route d’Omi entre les fiefs du clan Oda et Kyoto. Nobunaga se retrouve encerclé et va subir de lourdes pertes. Ce n’est que grâce à la résistance de ses deux généraux les plus rusés, Hashiba Hideyoshi et Tokugawa Ieyasu, que Nobunaga arrive à se sortir de ce piège mortel. Une fois ses territoires à nouveau reliés entre eux, il va reprendre peu à peu le contrôle de la situation et défait les clans Azai et Asakura à la bataille d’Anegawa, en avril 1570.

Paravent peint représentant la bataille d’Anegawa

 

Le roi démon

La trahison du shogun et de son allié Azai est une blessure terrible pour Nobunaga, une blessure qui fait alors ressortir les pires aspects de sa personnalité. À partir de ce jour il n’éprouvera plus jamais aucune pitié, ni pour ses ennemis, ni pour les populations se trouvant sur son chemin. En 1571 il attaque le mont Hiei et tue les moines guerriers[vi] de la secte bouddhiste Tendai, massacrant au passage une bonne partie des habitants de cette partie de la capitale. A Ishiyama et Nagashima la résistance des Ikkō-ikki [vii] qui se sont soulevés un peu plus tôt suscite la colère de Nobunaga, d’autant qu’eux aussi ont été retournés parle shogun contre le clan Oda. Il lui faut des années d’efforts et de massacres pour combattre ces deux bastions. Le pays tout entier commence à lui donner un nouveau surnom : « le roi démon ».

 

Le terrible Takeda Shingen

C’est le cas notamment de Shingen, seigneur à la tête du terrible clan Takeda, qui règne sur les provinces de Shinano et de Kai. Il attaque violemment le clan Oda. Nobunaga envoie son fidèle Tokugawa Ieyasu, mais celui-ci est défait à la bataille de Mikata-Ga-Hara en 1572. Nobunaga lui envoie des renforts, et commence à se dire que la guerre n’aura pas de fin. Les Takeda sont trop forts. Mais la chance lui sourit lorsqu’un tireur isolé touche mortellement Takeda Shingen en 1573. C’est Katsuyori qui hérite du clan Takeda, bien décidé à venger son père. A la bataille de Nagashino (1575), il faut toutes les forces combinées de Nobunaga et de Ieyasu pour remporter le combat, grâce à l’utilisation stratégique des bataillons d’arquebusiers. Aussitôt, il envoie deux de ses généraux pour agrandir son territoire au nord et un autre pour prendre la province de Tamba. Au sud, les Ikkō-ikki tiennent toujours tête, grâce à l’aide du clan Mori qui brise le blocus maritime pour apporter armes et vivres aux rebelles. En 1577, Nobunaga envoie son lieutenant Hashiba Hideyoshi combattre les Mori, ce qu’il fait avec brio. Mais ces derniers résistent encore et encore si bien que lorsque Nobunaga en finit avec le clan Takeda (définitivement détruit en 1580), les Mori lui tiennent encore tête.

Deux ans plus tard, Hashiba demande à Nobunaga une armée de secours pour prendre le château de Takamatsu. Cette armée supplémentaire est dirigée par Mitsuhide Akechi, un général de la province de Mino. Ambitieux et sans doute grassement payé par les opposants de Nobunaga dont fait partie la famille impériale, il attaque ce dernier au temple d’Honnō-ji de Kyoto. Acculé, Nobunaga tue l’héritier impérial puis se fait seppuku. À vivre par le sabre, il meurt par le sabre.

 

Rouleau représente l’attaque du temple d’Honnō-ji.

On ne sait pas bien qui fut la tête pensante de ce retournement contre Nobunaga. Mitsuhide Akechi était un simple fantassin qui avait connu une progression fulgurante jusqu’au poste de général. Trop gourmand, voulait-il prendre la place du chef ? Ou les autres généraux, jaloux de Mitsuhide, ont-ils ourdi la trahison en accusant Mitsuhide ? Ou bien tout cela n’était-il pas télécommandé par celui qui n’avait pas besoin d’une armée de secours, à savoir Hashiba lui-même qui d’ailleurs éliminera rapidement Mitsuhide ? Quoi qu’il en soit, au moment de sa mort Nobunaga possèdait un immense territoire, mais pas tout le Japon. Son rêve de conquête totale n’était pas achevé. Mais une vision était née et c’est Hashiba qui reprendra le flambeau pour poursuivre son œuvre. Pour cela, il changera de nom et deviendra Toyotomi Hideyoshi. (A suivre).

Notes :

  • [i] Cette province a fusionné avec celle de Mikawa pour former l’actuelle préfecture d’Aichi.
  • [ii] Cette pratique cruelle s’appelle « tsujigiri »
  • [iii] Le koku est une unité de mesure du riz, soit un an de riz pour une personne.
  • [iv] Les Zhou furent la 3° dynastie de Chine, de -1046 à -256 av. J.-C.
  • [v] Yoshiaki est le frère du 13° shogun Ashikaga, mais il fut remplacé par Yoshihide.
  • [vi]] Lire « Histoire des sohei 1 & Sohei 2 ».
  • [vii] Rébellion armée contre le système des samouraïs qui mêlent les moines bouddhistes, shintoïstes, paysans et nobles locaux.
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A propos de l'auteur

Nouvel utilisateur 951886

Depuis 30 ans, Ivan Bel pratique les arts martiaux : Judo, Aïkido, Kenjutsu, Iaïdo, Karaté, Qwankido et Taijiquan. Il a dirigé le magazine en ligne Aïkidoka.fr, puis fonde ce site. Aujourd'hui, il enseigne le shiatsu et la méditation qu'il exerce au quotidien, tout en continuant à pratiquer et écrire sur les arts martiaux du monde entier.

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