Aikido Japon — 07 octobre 2013
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OSensei-atemi-2L’aïkido n’est pas né du néant. Les influences et les expériences martiales de Morihei Ueshiba sont nombreuses. Pourtant, rares sont les pratiquants à connaître les disciplines qui l’ont aidé à progresser et à trouver sa voie, qui est à la fois une synthèse et une création originale de O Senseï. Petit tour d’horizon des arts martiaux qu’il a étudié de près ou de loin.

 

Sumo : Morihei était de constitution assez frêle. Son père Yoroku voulait qu’il se renforce. Pour cela, il lui conseillait de nager le plus régulièrement possible. Mais l’image de la force même a toujours été, au Japon, véhiculée par la lutte Sumo. C’est ainsi que dans son enfance (1893) il fit un peu de Sumo. Le Sumo est cité pour la première fois en 712, dans le Kojiki, le livre des temps anciens et premier livre rédigé en langue japonaise.

Sumo

Tenshin Shinyô ryû jujutsu : C’est à l’âge de 14-15 qu’il commence véritablement son étude des arts martiaux par une école de jujutsu, la Tenshin shinyô ryû fondée par Iso Mataemon Minamoto no Masatari, dans les années 1830. C’est une synthèse de deux écoles de combat à mains nues plus anciennes : Yôshin ryû et Shin no Shinyô ryû. La spécificité de cette école est l’utilisation des frappes pour déstabiliser l’adversaire afin de le faire chuter. L’école fut rapidement populaire et outre Ueshiba, l’un des élèves les plus connus fut Jigoro Kano, le fondateur du Judo moderne. Cette école se traduit littéralement par « l’Ecole Véritable du Saule Divin ». Le professeur de Ueshiba était Tokusaburo Tozawa, qu’il suivit en 1901.

Tenshin-shinyo-jujutsu-Kubota-sensei

(Tenshin Shinyô ryû – Kubota sensei)

Yagyû ryû (au sens large) : Nakai Masakatsu (1891-1908), fut l’un des grands professeurs japonais de son époque dans le style Yagyû. Celui-ci est composé de nombreuses branches, écoles et styles. Il fut sans doute le plus renommé de l’époque en kenjutsu Shinkage ryû. Il enseigna aussi le Yagyû Shingan ryû taijutsu (combat à mains nues). De 1903 à 1908, Ueshiba fut l’un de ses élèves, dans son dojo de Sakai, près d’Osaka. A ce moment-là, Ueshiba était encore soldat au 61e régiment d’infanterie de l’armée japonaise. En 1908, Masakatsu lui délivra un diplôme de milieu de parcours dans le style Gotô-ha Yagyû Shingan ryû taijutsu.

Yagyu-shingan-ryu-taijutsu

(Yagyû Shingan ryû taijutsu)

L’armée impériale : En tant que militaire (1903-1906), il dut apprendre tout un ensemble de formes de combat moderne, dont le Juken jutsu, c’est-à-dire la technique de combat à la baïonnette. Cette discipline somme toute moderne, est conservée aujourd’hui encore comme une tradition martiale au sein du Budo.

Juken-jutsu

(Juken jutsu – technique contre sabre)

Judo : Vers 1911 à Tanabe, son père fit venir un professeur de Judo du Kodokan (le dojo central du Judo de Jigoro Kano) nommé Kiyoshi Takagi. Ce dernier était alors 3e dan. Mais la décision de Ueshiba d’aller vivre en pionnier sur l’île d’Hokkaido mit rapidement fin à son étude de ce shinbudo (budo nouveau). Kiyoshi Takagi finira 9e dan de Judo.

Judo-kodokan-dojo-Jigoro-Kano

(Jigoro Kano supervisant une technique de Judo au dojo Kodokan)

Kitô ryû : L’école est une autre forme de jujutsu (techniques guerrières souples), créée au 17e siècle par deux bushis, Fukuno Terada. Fukuno avait une formation complète dans l’école Yagyû shingan. Il avait également appris les secrets du Qin Na chinois par le célèbre maître Chen Yuan Ping (ou Chen Yuan Yun). Cette école de « la montée et de la chute » est une forme d’aïkijutsu. Elle se compose de projections, clés, frappes et d’utilisation des points vitaux. Là encore, on retrouve Ueshiba qui fit une excursion dans cette discipline, et avant lui Jigoro Kano, le fondateur du Judo moderne. Le kata de judo Koshiki est clairement inspiré du Kitô ryû.

Kito-ryu

(Kitô ryû – démonstration en armure)

Aioi ryû : Cette école est assez mystérieuse. Tout ce qu’on en sait est la déclaration d’O Sensei comme quoi il a bien étudié cette école (voir cette discussion entre Morihei Ueshiba et son fils Kisshomaru Ueshiba), qu’elle était dans la famille et qu’il l’avait reçue par son père, Yoroku (voir cette discussion entre Kisshomaru Ueshiba et l’école Daitokan de Daito ryû Aiki Budo). Il semble que cette école soit issue de la célèbre école Sekiguchi ryû, une école complète du 17e siècle. Elle est réputée pour son kenjutsu, iaijutsu, jujutsu et kyusho-jutsu (techniques sur les points vitaux). Son fondateur était Sekiguchi Yarokuemon Ujimune, connu aussi sous le nom de Sekiguchi Jushin. Après la période Sengoku, Jushin se consacre à l’étude des arts martiaux. Tokugawa Yorinobu l’invite comme hôte permanent dans son château pour instruire les membres les plus dignes. Son école se diffuse très vite dans la classe dirigeante. Le 8e shogun de la période Edo, Yoshimune Tokugawa, reçut d’ailleurs un menkyo kaiden de cette école. Si Ueshiba put effectivement étudier cette école, ce fut dans un cercle restreint, donc probablement familial, car elle n’était plus très étudiée. L’école a perdu la plupart de ses documents durant les bombardements américains de la seconde guerre mondiale, mais réussit à survivre jusqu’à aujourd’hui.

Sekiguchi-ryu-Gosho-Shihan

(Sekiguchi ryû, iaijutsu par Gosho Shihan)

Hôzôin ryû : Il s’agit là aussi d’un ko-ryû (école ancienne), du 14e siècle. Fondée par Hôzôin Kakuznebô In’ei au temple de Nara en 1560, cette école est pratiquée par les moines bouddhistes. Sa spécialité est l’art de la lance en forme de croix (en fait une barre de metal forme une garde après la lame, ce type de lance est connu sous le nom de kama-yari). Après avoir servi les Tokugawa et s’être installé à Tokyo, l’école est retournée au temple de Nara en 1976, où elle est toujours enseignée. Ueshiba a étudié cette école au sein de son service militaire.

Hozoin-ryu

(Hôzôin ryû – démonstration devant le temple)

Kendo : On peut être surpris en sachant que O Sensei voulait vraiment introduire le Kendo comme la forme de sabre dominante dans son art. Le Kendo était très populaire depuis déjà longtemps au Japon, car il permettait les combats au sabre de bambou (shinai), ce qui évitait aux protagonistes de s’entretuer pendant l’entraînement. Cette décision de Ueshiba était due à deux facteurs. Dans les années 30, il s’entraîne intensément au Kendo et de nombreux kendoka fréquentent le Kobukan. Parmi ses élèves se trouve un jeune prodige du nom de Kiyoshi Nakakura. Séduit par le jeune homme qui est déjà 3e dan de Kendo, il en fait son gendre en 1932, son fils adoptif et son héritier pour lui succéder. Mais celui-ci ne comprenant pas les subtilités, l’immensité du champ technique et les modifications continues de l’art de Ueshiba, finira par s’en aller en 1937 et renoncer à la succession. Nakakura finira 9e dan de Kendo et de Iaido (voir cette interview de Kiyoshi Nakakura).

Kendo
(Kendo, au début du 19e siècle)

Daitô ryû aïki jujutsu: C’est bien sûr la rencontre avec Sokaku Takeda et son Daito ryû qui sera l’axe central de l’inspiration martiale de Ueshiba. De 1915 à 1937, il étudiera parfois avec ferveur, parfois avec éloignement, cet art martial redoutable. Le Daito ryû jujutsu est fondé au 9e siècle par Shinra Saburô Minamoto no Yoshimitsu (1045-1127). C’est donc un art éminemment ancien qui plonge ses racines dans les âges où les arts martiaux étaient des kobujutsu. La famille détentrice de cette école s’établit dans la province Kai et prit le surnom de Takeda, qui devint le nom de famille avec le temps. Cette école est fameuse pour son kenjutsu, jujutsu et kyusho-jutsu (techniques sur les points vitaux). Sokaku Takeda étudia sous la direction de son père Sokichi Takeda, en y ajoutant l’étude du sabre et de la lance. Il fut également uchi-deshi de l’école de sabre Kashima Shinden jikishinkage ryû. C’est lui qui ajoute le mot Aiki entre Daito ryû et jujutsu. Son art était de contrer une attaque suffisamment tôt pour qu’elle ne puisse pas se développer. Son meilleur élève fut incontestablement, et de l’aveu même des plus hauts gradés de la discipline, Morihei Ueshiba. Sokaku remit à Ueshiba un rouleau de transmission de Jikishinkage ryû en 1922. Il lui décernera également le Kyoju Dairi à cette même occasion, c’est-à-dire un certificat d’instructeur.

Takeda-Sokaku

(Sokaku Takeda, Daito ryû aiki jujutsu)

Kung-Fu Bagua : Plus hypothétique, certaines personnes ont émis la possibilité que Ueshiba ait étudié le Bagua lors de ses aventures rocambolesques en Mongolie et Mandchourie. Cela reste avant tout des suppositions, que viennent étayer certains mouvements, mais aucune trace ni aucun propos du fondateur ne confirme cela. De plus, les relations entre le continent asiatique et le Japon étaient généralement hostiles, et l’on voit mal comment des chinois ou des mandchous auraient donné de bon cœur des techniques à un japonais de passage.
Toutefois, pour etre tout à fait juste, je vous recommande la lecture de cet article paru dans Génération Tao, mais pas intégralement, sur Morihei Ueshiba en Mandchourie.

Kung-fu-Bagua-zhang-sabre

(Kung-Fu Bagua Zhang – taolu de sabre)

Kukishin ryû : Cette école est issue d’une rencontre entre l’art martial très philosophique (Shintô) de la famille Betto et celui de l’école Tenshin Hyoho, créé par Kiitsu Hogen à l’époque Naboku-chô. Cette école était détenue par le vicomte de Kuki, seigneur d’Ayabe. C’est donc une école classique que l’on nomme également Kukishinden tenshin hyoho. Morihei Ueshiba est passé longuement par Ayabe, au sein de la secte religieuse Omotô-kyo, et il enseignait son Ueshiba ryû dans le dojo de la secte. Comme il cherchait constamment à se perfectionner, il découvrit dans la ville les arts martiaux de la famille Kuki. Les échanges spirituels et techniques furent importants. L’influence sur l’art de Ueshiba est fondamentale, puisque c’est à ce moment-là qu’il choisit de le nommer « Aïkido ».

Kukishin-ryu-Takamikura-dojo

(Kukishin ryû au Takamika dojo)

Kashima shintô ryû : Ueshiba avait vu l’école Kashima shintô ryû par le biais de Sokaku Takeda, sans que celui-ci la lui enseigne, préférant lui faire travailler Shinkage ryû. Toutefois, entre 1937 et 1940, Ueshiba invitera à plusieurs reprises au dojo Kobukan des pratiquants de l’école de Kashima. AU Kobukan, il laisse le soin à son fils de l’étudier sur le tatami. Mais Ueshiba étudie vraiment cette école, puisque son nom est dans le regsitre des élèves d’avant-guerre. Il a signé le keppan en compagnie de son deshi Zenzaburo Akazawa. (lire cet excellent article sur l’influence de Kashima shintô ryû sur l’Aikido). L’école Kashima appelée aussi « l’épée de Kashima » est redoutable. Elle comprend outre le kenjutsu et le battojutsu, la naginata, yari, le shuriken, le jô, le bo et bien sûr une forme de jujutsu. Cette école a été fondée par trois samouraïs, autour de 1500.
Une erreur commune est de penser que c’est l’école Kashima shin ryû qui a influencé l’Aikido. Cette erreur a été accentuée par l’étude de cette école par des célébrités comme Tissier Shihan. Mais en fait, c’est bien de la Kashima shintô ryû dont il s’agit.

Kashima-shinto-ryu
(Kashima shintô ryû en démonstration publique)

Conclusion : Ueshiba fut à la fois un infatigable travailleur et aussi un touche-à-tout de génie. Passionné par les arts martiaux anciens, il était capable de tirer également partie des formes plus modernes comme le Judo ou le Kendo. En fait, on peut dire qu’il faisait feu de tout bois pour nourrir son art. On notera toutefois avec étonnement qu’il n’a jamais pratiqué le Kyudo, la voie de l’arc, alors que celui-ci faisait partie du bagage de base de tout bon guerrier d’autrefois.

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Merci à tous les kwooneurs qui m’ont aidé dans ce travail de fouille historique. Notamment : La merguez, Erasmus, LaurentK, Phyllobius et Tyr.

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A propos de l'auteur

Nouvel utilisateur 951886

Depuis 30 ans, Ivan Bel pratique les arts martiaux : Judo, Aïkido, Kenjutsu, Iaïdo, Karaté, Qwankido et Taijiquan. Il a dirigé le magazine en ligne Aïkidoka.fr, puis fonde ce site. Aujourd'hui, il enseigne le shiatsu et la méditation qu'il exerce au quotidien, tout en continuant à pratiquer et écrire sur les arts martiaux du monde entier.

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