Armes Japon Ninjutsu — 09 octobre 2013

ninja-actionAvant de détailler les différentes armes qu’utilisaient les shinobi, il faut se remémorer que ces guerriers de l’ombre étaient des spécialistes de l’espionnage, de la guérilla, du déguisement, du sabotage, de l’incendie volontaire et parfois de l’assassinat. Pour cela, ils ont dû utiliser à la fois les armes en vigueur dans le monde des bushi mais aussi inventer des armes pratiques pour leurs missions. Le côté pragmatique des shinobi fait qu’ils inventèrent tant d’armes qu’il est aujourd’hui quasi impossible de les recenser toutes. Toutefois, en lisant et en discutant avec l’un des grands historiens anglais spécialiste des ninjas,  Antony Cummins, j’ai pu me faire une meilleure idée de l’armement qui leur était propre.

Il faut tout d’abord savoir que ce que l’on considère comme étant les armes les plus symboliques des shinobi (shuriken, chaîne lestée, sarbacanne…) ne sont pas du tout propre aux shinobi. Mieux que cela, ces armes ne sont pas et n’ont jamais été utilisées par les shinobi, en tous cas pas du point de vue historique. Ce sont plutôt des armes qui ont été développéeS d’un côté dans les koryu par des bushi inventifs et de l’autre par les paysans pour se défendre avec ce qu’ils avaient sous la main. De plus, ce que l’on considère comme l’art des shinobi, c’est-à-dire le shinobijutsu ou ninjutsu n’est absolument pas focalisé sur les arts de combats. L’erreur vient du fait que nos esprits occidentaux et les films de série Z ont opposé les ninjas aux bushi, comme s’il s’agissait de deux classes sociales en lutte. Si les bushi formaient bien une caste sociale, ce ne fut jamais le cas des shinobi, qui pour la plupart étaient des paysans, artisans, marchands, acteurs et même… des bushi. Ces derniers, comme le célèbre Hattori Hanzo par exemple, faisaient partie des plus grands ninja que le Japon ait jamais portéS.

Grâce à l’explication précédente, on comprendra alors que les armes des shinobi étaient avant tout des objets utilitaires dont la fonction première était d’être pratique au quotidien. Leur but n’était donc pas destructif, en tous cas pas en premier lieu. Il existe six outils basiques que possédait absolument le shinobi pour mener à bien ses missions.

Amigasa 編笠

amigasa

Il s’agit d’un grand, large et profond chapeau de paille. Le shinobi l’utilisait pour couvrir son visage, ce qui était commun au moyen-âge et personne ne posait de questionS. Très pratique pour se mêler à la foule sans être reconnu.Certaines versions permettaient de camoufler des petites flèches dans l’armature du chapeau.

 

Kaginawa 鉤縄

grappin

Le grappin est à considérer comme l’outil majeur du shinobi. Il s’en servait pour escalader un mur, les fondations d’un château et attraper les hautes branches d’un arbre si besoin. On ne connaît pas vraiment la taille et le poids de cet outil, mais le Ninpiden en montre une forme très grande qui était utilisé pour faire tomber des structures en bois. Mais les manuels de ninjutsu en montre un grande variété, ce qui signifie que chacun devait le construire selon son gabarit.

 

Sekihitsu 石筆

sekihitsu

Le stylo de pierre. Il s’agit en fait d’argile roulée en forme de stylo et séchée, ou bien de charbon, ou encore de craie. Cela permettait de collecter des informations et de les noter ou encore de marquer les arbres ou les rochers pour laisser des informations à d’autres shinobi. N’oublions pas que le shinobi est avant tout un collecteur d’informations.

 

Kusuri 薬

inro

Il s’agit ici d’une petite boite à médecine, très ingénieuse, avec plusieurs étages disposés les uns sur les autres. D’ailleurs kusuri est le terme générique pour désigner la médecine, et la boîte s’appelle inro. Dans le Japon ancien, on croyait que la plupart des maladies étaient dues à des vers. Aussi les shinobi avaient un sac « tueur de vers » avec eux. On ne connaît pas en détail la médecine utiliséeS par ces gens, mais l’étude de l’herboristerie et de la phytothérapie faisait qu’ils avaient une grande connaissance des plantes et de leur utilité pour se soigner ou créer des décoctions venimeuses.

 

Sanjaku tenugui三尺手拭

tenugui2

Comme son nom l’indique, il s’agit d’une pièce de tissu de trois shaku de long, soit environ 90 cm. Cette pièce avait de multiples usages, comme de se cacher le visage pour passer à l’attaque ou rester inconnu dans la foule. Le shinobi la pliait et la rangeait dans son keikogi ou autour de sa poitrine sous une veste. Elle servait également à faire un bandage, porter des affaires en la nouant, ou encore à attacher un opposant.

tenugui

 

Uchitake 打竹

uchitake

Composé d’un petit cylindre, l’uchitake est en fait un kit pour allumer un feu en toutes circonstances. Le but était de pouvoir se réchauffer par temps froid, pour faire de la lumière, un feu de camp ou un incendie criminel ou allumer une grenade à main. Le tube était perforé avec des végétaux (type lichen) à combustion lente, ce qui permettait d’avoir du feu pendant toute une journée.

En plus de cela, le shinobi était maître en l’art de créer des torches pour s’éclairer. Rien qu’à la façon de réaliser une torche, il pouvait savoir si la personne en face d’elle était elle aussi un shinobi ou non. Et pour cause, il existait des torches pour toutes les situations. Pour ne citer qu’un seul exemple, le shinobi faisait une grosse torche en résine de pin. Celle-ci était résistante à l’eau et au vent et pouvait être divisée en plusieurs petites torches sans aucune difficulté. Mais le sujet des torches pourrait faire l’objet d’un long article en soi.

Conclusion :

Comme on peut le voir par cet inventaire, la priorité du shinobi n’était pas de s’encombrer d’armes lourdes et voyantes, mais plutôt d’outils qui avaient leur utilité en toutes circonstances. Dans le prochain article, nous verrons qu’en seconde priorité dans sa liste de voyage le shinobi n’emportera toujours pas d’armes, mais s’attachera une fois encore à d’autres outils pratiques mais plus occasionnels.

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Remerciements à Antony Cummins pour son amitié, pour partager avec moi ses connaissances et me laisser utiliser ses documents pour la réalisation de cet article.

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A propos de l'auteur

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Depuis 30 ans, Ivan Bel pratique les arts martiaux : Judo, Aïkido, Kenjutsu, Iaïdo, Karaté, Qwankido et Taijiquan. Il a dirigé le magazine en ligne Aïkidoka.fr, puis fonde ce site. Aujourd'hui, il enseigne le shiatsu et la méditation qu'il exerce au quotidien, tout en continuant à pratiquer et écrire sur les arts martiaux du monde entier.

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