Arts de santé Shiatsu — 08 octobre 2014

shiatsu-ivan-kono-isseiLe Shiatsu est un art du toucher d’origine japonaise (*). Basé sur les théories de la médecine chinoise, il procède à la fois de l’art du massage et de l’acupression sur les points des méridiens, ce qui lui donne un large éventail de techniques et de possibilités de traitement. Cet art a été marqué par quelques maîtres de haut niveau, qui tous à leur manière, sont les fondateurs du Shiatsu d’aujourd’hui.

Shinsai Ota

Ce maître de massage Anma du 17e siècle est le premier à formaliser la technique dite du Ampuku (ou Anpuku). Pour cela il extrait un certain nombre de techniques de l’Anma (de son nom complet « Anma Ankyo Doin »), le massage populaire traditionnel japonais, lui-même issu du Tuina Anmo chinois. Il publie le livre intitulé « Illustration de l’Anpuku» qui détaille une méthode de diagnostic et de traitement précise de l’abdomen et de ses organes. S’il n’a rien à voir directement avec le shiatsu (bien trop tôt dans l’histoire), il est celui qui inspira les fondateurs de la discipline. En effet, ces derniers reprendront tous son Anpuku qu’ils incluront dans le Shiatsu. De plus, Ota montre la voie qu’il est possible de faire mieux que l’Anma, de faire évoluer la technique, pour peu qu’on s’en donne la peine. Enfin, il forme Sorei Yanagiya, qui forme Ryosui Wakita (moine zen Soto, maître de Kendo et médecin traditionnel), qui forme Ryotan Takuda (né en 1938) l’un des grands maîtres de Shiatsu à partir des années 70. Il y a donc bien une filiation directe entre ce maître historique et aujourd’hui.

Tenpeki Tamaï

Tenpeki Tamaï

Peu connu des pratiquants de Shiatsu, il est le véritable fondateur du terme Shiatsu (de Shi « les doigts » et du verbe Atsuru « presser »). En 1919 il publie un livre intitulé « Shiatsu Ho » ( Méthode de pression avec les doigts), livre qui fera date et sera le déclencheur d’un large mouvement de massothérapie. En effet, jusqu’ici le massage japonais se résume à l’Anma traditionnel. Ne subsiste des vieilles formes issues du Tuina chinois que l’Ampuku de Shinsai Ota, soit le massage du ventre. Tenkei reprend une à une les bases de l’Anma et les adapte au système énergétique chinois, créant ainsi un art à part qu’il nomme donc Shiatsu. Hélas, il existe très peu d’information historique et biographique à son sujet. Que les amateurs éclairés n’hésitent pas à m’envoyer des informations.

Tokujiro Namikoshi

Tokujiro_namikoshiOn parle souvent de Tokujiro Namikoshi comme étant le fondateur du shiatsu. C’est historiquement faux, mais dans sa version moderne, c’est effectivement vrai. Fondateur du Japan Shiatsu College of Tokyo dès 1940 (premier centre de formation systématique au Shiatsu), il a réussi à populariser le shiatsu au Japon et à en faire une discipline médicale reconnue par le Ministère de la Santé (1950), avec un diplôme d’État à la clé. Pour se faire une idée de l’énergie qu’il consacre à la formation, en 1944 il organise une fête pour célébrer les 1000 premiers thérapeutes qu’il a formés. De plus, il a rendu le Shiatsu si populaire que les Américains présents sur l’archipel depuis la fin de la guerre ont rapidement diffusé cette technique à travers leur continent puis l’Europe.

Né en 1905 d’une famille pauvre, son cursus est surtout celui d’un self-made-man sans lettres qui aurait « redécouvert tout seul » les principes de l’acupression chinoise. L’histoire officielle veut qu’il aidât sa mère percluse de polyarthrite rhumatisante à l’aide de pressions des doigts. Le nom de « Shiatsu » était déjà connu grâce au livre de Tempeki Tamaï. Il ne fait donc que reprendre ce terme qu’il trouve adéquat pour désigner ce qu’il fait. Amateur de femmes et de whisky, il meurt comme il a vécu en 2000, avec une grande envie de vivre et de profiter des plaisirs de la vie intacte. Dans sa vie il a formé personnellement plusieurs milliers de thérapeutes shiatsu.

Son style est à son image : direct et sans étude des méridiens. Pour lui l’acupression a avant tout pour but de soulager les tensions physiques du corps. Selon le principe asiatique, si le corps est détendu, l’esprit le devient automatiquement puisque les deux ne font qu’un. La vision anatomique est très précise (du niveau d’un kiné) et l’efficacité est au rendez-vous de cette pratique capable de redresser un corps et de soulager rapidement les douleurs et les tensions.

Ryuho Okuyama

Ryuho OkuyamaContemporain de Namikoshi, Okuyama est né en 1901. Il étudia le shiatsu des mains du professeur Uchikurayoshi Hirata, un médecin spécialiste de la médecine chinoise traditionnelle (MTC). Sa source étant différente de celle de Namikoshi, son style le fut aussi, car elle est d’emblée à visée médicale. En 1941, il nomme son école Koho Shiatsu (Méthode de Shiatsu ancien). Il s’agit d’une forme technique concentrée sur une certaine puissance thérapeutique, exercée toutefois de façon très confortable pour le patient, et à l’efficacité recherchée, s’appuyant sur des méthodes diagnostiques à la fois traditionnelles et originales.

Son parcours est également celui d’un combattant. Contemporain également de O Senseï Ueshiba et des premiers pas de son Aïkido, il fonde en 1938 le Hakko ryu jujutsu (« École de la 8e lumière »), alors qu’il n’a que 35 ans. Les deux hommes se connaissaient et on constate effectivement une certaine ressemblance dans quelques une des techniques, notamment parce que l’une des nombreuses sources du Hakko ryu et le Daito ryu aikijujutsu de Takeda Sokaku, maître commun des deux hommes.

Il faut savoir que Namikoshi, Okuyama et Ueshiba gravitaient dans un même milieu et se sont fréquentés (souvent entre praticiens de shiatsu, de temps en temps entre pratiquants d’arts martiaux). Ceci explique notamment le goût prononcé de maître Ueshiba à recevoir le Shiatsu et incitant ses étudiants à suivre des cours. Ce mélange explique également que le style Koho shiatsu soit relativement martial et que ces principaux enseignants soient tous à la fois des pratiquants martiaux et des médecins manuels aguerris. Okuyama décède en 1987.

Shizuto Masunaga

MasunagaNé en 1925, il habite Kyoto dès 1930. Sa mère est fascinée par les effets rapides du Shiatsu et elle invite régulièrement les maîtres de l’époque, notamment Tempeki Tamaï qu’elle héberge lors de ses stages dans l’ancienne capitale. Elle pousse alors son fils Shizuto à étudier le Shiatsu dès l’âge de 13 ans. Diplômé de philosophie en 1949, il deviendra ensuite l’un des élèves les plus brillants de Namikoshi au Japan Shiatsu College of Tokyo. Si brillant qu’il obtient haut la main son diplôme en 1959 et devient rapidement l’un des professeurs les plus en vue de cette institution. Il sera chargé du cours de psychologie clinique. Plus instruit que son professeur grâce à ses études supérieures, Masunaga s’intéresse très tôt à la médecine traditionnelle chinoise (MTC). C’est lui qui poussera pour l’introduction des théories chinoises et de l’étude précise des points d’acupuncture dans le Shiatsu.

En 1960, il fonde son style de Shiatsu qu’il appelle Iokaï. De son étude des méridiens classiques de la MTC, il extrapole et trouve que tous les méridiens se poursuivent dans tout le corps, et qu’aucun d’entre eux n’est cantonné uniquement dans les bras ou dans les jambes. Il introduit également la dimension psychologique au Shiatsu. Il rédige son œuvre maîtresse « Zen shiatsu » qui est traduite en anglais en 1977. Best-seller, ce livre va diffuser le Shiatsu et faire de son approche la principale méthode à travers le monde occidental. Il meurt d’un cancer en 1981, à l’âge de 57 ans. Son professeur, Namikoshi, lui survivra encore 19 ans.

Katsusuke Serizawa

katsusuke serizawaFigure notoire parmi les pionniers du Shiatsu moderne, Katsusuke Serizawa s’est concentré sur les tsubos (points d’acupuncture). Il passa une large partie de sa vie à chercher un moyen d’expliquer scientifiquement la présence de l’énergie dans les tsubos. Il y arriva notamment en utilisant des outils de mesure électriques. Il préconisait de stimuler les tsubos de toutes les manières possibles, par les moxas, les aiguilles ou l’acupression. Son style est connu en occident sous le nom de Acupressure Shiatsu. Son livre « Tsubo Vital Points for Oriental Therapy » est un classique de la littérature Shiatsu.

Des acteurs moins connus

D’autres personnages sont également à mettre parmi les fondateurs du Shiatsu, mais hélas, il n’existe pas d’information sur eux :

  • Dr Uchikurayoshi Hirata
  • Rokubai Takagi
  • Fusajiro Kato
  • Dr Tadahisa Fujii (qui publia « Outline of Shiatsu Therapy and Technic »)

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* Photo d’intro : Yoshinori Kono Senseï donnant un Shiatsu sur ma personne.

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A propos de l'auteur

Nouvel utilisateur 951886

Depuis 30 ans, Ivan Bel pratique les arts martiaux : Judo, Aïkido, Kenjutsu, Iaïdo, Karaté, Qwankido et Taijiquan. Il a dirigé le magazine en ligne Aïkidoka.fr, puis fonde ce site. Aujourd'hui, il enseigne le shiatsu et la méditation qu'il exerce au quotidien, tout en continuant à pratiquer et écrire sur les arts martiaux du monde entier.

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