Lecture — 08 juin 2016

couverture O SenseiL’événement est suffisamment rare pour qu’il mérite d’être souligné : une bande dessinée vient de sortir sur le fondateur de l’aïkido, Morihei Ueshiba. Et cocorico, c’est un français qui est à la manœuvre pour le dessin et le scénario. Le résultat est enthousiasmant !

Un graphisme époustouflant

Des livres, des magazines, des photos, des vidéos sur l’aïkido et son fondateur, oui. Il en existe plein. Mais des BD ? Ce n’est pas fréquent avouez-le ! C’est pourquoi ne boudons pas notre plaisir à découvrir « O Sensei », qui n’est pas tant une histoire qu’une méditation graphique. D’ailleurs dès le début, l’auteur Edouard Cour nous prévient à ce sujet. Il ne faut pas attendre autre chose qu’une œuvre dessinée pour nous aider à la fois à nous évader et à partager un moment de la vie de O Sensei. Edouard Cour n’est pas un de ces grands noms de la BD, mais il n’en est pas non plus à son coup d’essai. Je vous recommande vivement d’ailleurs les 3 tomes sur Herakles (Hercule) avec un graphisme haché presque brut, comme taillé à la pierre pour mieux faire ressortir son héros.

Ici c’est une toute autre palette graphique qui surgit. On se croirait en plein milieu d’un manga japonais tant le coup de pinceau et de crayon copie le style de ce genre. Mais une surprise attend et saisie le lecteur. Ce n’est pas un style de dessin mais bien trois que nous propose l’auteur et ça c’est une performance rarement atteinte. Regardez cette planche.

O sensei trois styles

Afin de bien discerner les trois époques de la vie d’O Sensei qui sont repris dans cet album, trois manières de dessiner nous sont proposées. La première à droite, façon manga de base. La seconde au centre est déjà plus travaillée. La troisième à gauche est tout simplement magnifique ! Et je dirais que rien que pour la qualité et la ressemblance d’O Sensei avec les photos de son temps, cette BD mérite le détour

Une histoire brève et complexe

Avec la vie d’O Sensei, on pourrait remplir des tomes et des tomes en images. L’auteur a fait un autre choix, plus artistique. Il cherche à résumer sa vie pour nous emporter vers le point névralgique où O Sensei atteint son satori. Trois époques s’entremêlent et au premier abord on peut dire que cette histoire n’est pas facile à lire car elle n’est pas linéaire. Mais les pratiquants d’aïkido retrouveront un terrain familier où rien n’est donné facilement. Il faut voir, O sensei seulpuis lire, puis lire et voir cette histoire pour commencer à en saisir le fil et en tirer du plaisir au-delà de l’effort. Et là je dois dire encore une fois bravo car c’est un véritable tour de force et un pari risqué. Avoir réussi à donner un peu de fil à retordre au lecteur c’est s’assurer qu’il y aura différents niveaux de lectures, plus ou moins profonds.
Certes pour ceux qui attendent un cours d’histoire précis, ou chercheront à apprendre des techniques, il y aura des déceptions, car ce n’est pas le sujet de cet album. Pour cela les livres et les blogs des chercheurs vous en apprendront plus. Mais si vous lâchez prise sur cet aspect et acceptez de vous laisser emporter visuellement, vous serez en face d’une œuvre d’une grande beauté où le dessin le dispute aux dialogues. Mais plus encore que les dialogues, je préfère les silences.

Une drôle de rencontre

L’histoire de cette BD c’est d’abord celle du dessinateur qui tombe sur les propos de O Sensei à travers les livres des éditions du Cénacle. Si vous êtes aikidoka, vous voyez tout de suite de quoi je parle : « Takemusu aiki ». Non pratiquant d’aikido, Edouard Cour se laisse happer par les propos du fondateur et se lance un défi, celui de raconter son satori et de parcourir sa rencontre avec Takeda Sokaku, maître Deguchi, etc.

Plus tard, en allant au Festival International de BD d’Angoulême cette année, je tombe sur lui en train de dédicacer son Herakles. En parlant, il m’apprend qu’il réalise cette BD sur O Sensei et il n’en faut pas plus pour qu’une discussion passionnée démarre au milieu de la foule. C’est ainsi que j’ai eu le plaisir de relire et parfois de donner mon avis sur l’histoire et les dessins. J’ai essayé d’être le moins intrusif possible dans son processus de création, car je n’étais là que comme conseiller et certainement pas pour juger du travail artistique. Quelle aventure que de voir mois après mois les images surgir les unes après les autres. Evidemment j’aurai aimé, sans doute comme vous maintenant, avoir une longue série de mangas bien documentés relatant toutes ses aventures, mais qu’importe.

J’aime la manière dont est dessiné le moment de la révélation de l’aïki, lorsque O Sensei après un non duel avec un personnage énigmatique qui s’avère finalement être sa part d’ombre. L’univers tout entier l’envahit et tout devient clair pour lui. Un peu moins pour ses deshi…

O sensei incompréhension

L’auteur aurait pu choisir une de ces nombreuses aventures de budoka inventé comme dans Samuraï, Okko ou Kogaratsu. Mais non ! Il a choisi la réalité et un monument pour la communauté des aikidokas. Cela aurait pu être Jigoro Kano pour le judo ou encore Gishin Funakosji pour le karaté. Mais non ! Pour notre plus grand bonheur c’est Morihei Ueshiba et son aïkido. Alors ne boudons pas notre plaisir et faisons honneur à cet événement rare qu’il faut dégustez avec sagesse en priant qu’un jour il récidive avec un autre maître du Budo.

Album : O Senseï aux éditions Akileos.

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A propos de l'auteur

Nouvel utilisateur 951886

Depuis 30 ans, Ivan Bel pratique les arts martiaux : Judo, Aïkido, Kenjutsu, Iaïdo, Karaté, Qwankido et Taijiquan. Il a dirigé le magazine en ligne Aïkidoka.fr, puis fonde ce site. Aujourd'hui, il enseigne le shiatsu et la méditation qu'il exerce au quotidien, tout en continuant à pratiquer et écrire sur les arts martiaux du monde entier.

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