Réflexions — 09 septembre 2013
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tessenMille et un articles ont déjà dû être consacrés au thème de l’efficacité, réelle ou supposée, en Aïkido. Toutefois, j’ai souvent lu ou entendu comme réponse que cette technique était meilleure que celle-là, que l’efficacité c’était comme-ci comme-ça, que tel courant d’Aïkido était plus dans l’efficacité que tel autre. Je ne suis évidemment pas d’accord avec ces déclarations qui révèlent, à mon sens, un manque de vision globale sur son art.

 

Tous, sans exception, nous avons nos préjugés. Heureusement, l’Aïkido est censé nous ouvrir au monde et à autrui, nous apprendre à ne pas juger sur les apparences et à voir au-delà. Ce n’est pas à la portée de tout le monde, mais avec les années la perception s’affine. Hélas, quand je vois le nombre de déclarations péremptoires sur la qualité ou les défauts de tel ou tel courant d’Aïkido, sur l’illusion ou la réalité de l’efficacité en Aïkido, je désespère quelque peu.

 

O Sensei, double atémi sur katadori.

Tout récemment, j’ai accueilli dans mon dojo un nouvel élève qui avait derrière lui un gros passé en Judo et Jiu-jutsu. Je présente calmement une technique simple (nikyo sur aihanmi katatedori) et tout le monde s’apprête à travailler quand il me pose la question suivante : « que se passe-t-il si je lâche la main avant de subir la technique » ? Je lui demande de venir et je lui fais la technique sans accélérer. Au moment où il a lâché le contact je lui distribue de manière contrôlée trois atémis et un déséquilibre en l’espace d’une seconde. Il avait assez d’expérience pour résister au déséquilibre et ne pas tomber mais pour le reste, tout est passé.

 

O Sensei démontrait qu’à la moindre ouverture, il fallait placer un atémi.

 

Pourquoi une telle démonstration ? Tout simplement parce que l’Aïkido est avant tout un budo et en aucun cas un sport ou une activité de loisir. Le principe d’attention continue (zanshin) fait qu’au moindre relâchement, ou suppression d’une saisie en cours d’exécution d’une technique, on peut s’engouffrer dans la brèche que créé uke. Si on parle d’efficacité, on peut dire qu’elle est constamment présente dans toutes les phases de travail. Dans le travail des kihons, cela construit le corps ; dans l’application des techniques cela affine nos perceptions ; dans l’échange avec le partenaire cela augmente notre empathie et notre sensibilité ; dans le travail dynamique car cela met en mouvement notre énergie, et ainsi de suite. Tout cela rend efficace. Mais plus encore, on est surtout efficace dès lors que l’on met de la conscience dans tout ce que nous faisons. Même respirer devient efficace. Sourire, regarder, sentir, tout devient efficace. C’est pourquoi l’efficacité ne se résume pas à la capacité à casser la gueule à son prochain, surtout quand celui-ci est un partenaire volontaire qui vient étudier avec soi un art martial où la pratique est entièrement codifiée.

 

L’efficacité en Aïkido est pour moi comme un éventail. Si on ne sait appliquer que des techniques blessantes, on est coincé dans une vision étroite et absurde du Budo. Le Budo prône la paix par le contrôle des armes (voir l’article qui explique le sens du kanji Bu) et l’ouverture aux autres. Comment respecter cette voie si on blesse quelqu’un alors qu’il n’a saisi que le poignet ? Il y a une disproportion effrayante entre l’attaque et la réponse qu’on lui donne. C’est pourquoi dire que tel courant d’Aïkido est meilleur que les autres parce qu’il permet vraiment de se défendre et d’être efficace, reste pour moi une aberration. Un budoka se doit d’ouvrir son éventail. Il doit connaître les techniques qui tuent, qui cassent, qui disloquent, qui déboitent, qui utilisent les nerfs ou les points vitaux, qui immobilisent, qui projettent, qui détournent, qui esquivent, qui refusent le combat, qui font que le combat n’ait jamais lieu. Tout cela existe en Aïkido. Si notre capacité de budoka ne comporte qu’un pan de cet éventail de possibilités, comment peut-on parler d’efficacité ? Autrement dit, comment peut-on parler d’être aïkidoka ?

 

Certes, rares sont les enseignants à pouvoir former une personne de manière complète. On ne peut pas être spécialiste en tout, ou bien alors on mérite certainement le titre de senseï. Mais une chose est sûre : si vous n’ouvrez pas votre éventail, vous pouvez toujours le remuer, il ne vous apportera pas d’air. C’est pourquoi il faut non seulement travailler dans son dojo, mais il ne faut jamais hésiter à aller voir les autres dojos, goûter à tous les courants et même apprendre des autres budos que le sien.

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A propos de l'auteur

Nouvel utilisateur 951886

Depuis 30 ans, Ivan Bel pratique les arts martiaux : Judo, Aïkido, Kenjutsu, Iaïdo, Karaté, Qwankido et Taijiquan. Il a dirigé le magazine en ligne Aïkidoka.fr, puis fonde ce site. Aujourd'hui, il enseigne le shiatsu et la méditation qu'il exerce au quotidien, tout en continuant à pratiquer et écrire sur les arts martiaux du monde entier.

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