Karate Techniques Techniques martiales — 18 décembre 2014

nigiri gameLes formes de karaté d’Okinawa sont dures pour le corps. Afin de renforcer celui-ci, les karatékas ont mis au point tout un ensemble de techniques simples à l’aide d’ustensiles relativement basique. L’ensemble de ces exercices se nomme le hojo undo. Aujourd’hui, je vous présente mon préféré : le nigiri game.

Comme souvent lorsque l’on découvre quelque chose de très simple, la première réaction est de se dire « ah oui d’accord. Et, c’est tout ? ». Le nigiri game n’est pas une invention infernale ou profondément exotique, mais juste un gros vase à large col. Rien que ne soit une invention incroyable et typiquement japonaise. Mais derrière l’apparente simplicité il est intéressant de s’arrêter deux secondes sur ce vase et de comprendre pourquoi les karatékas se sont entichés de cet objet pour développer une musculature très particulière qui leur est propre.

Une saisie par le col

Si au premier coup d’œil le vase n’a recèle aucune originalité, c’est parce que selon les modèles que l’on trouve, il en existe de toutes les hauteurs et largeurs. Ce vase n’est donc pas codifié. En revanche, il est fait en terre cuite sur une bonne grosse épaisseur, ce qui lui confère un certain poids (entre 1,5 kg et 3 kg pour les plus lourds). De plus, en fonction de la force du pratiquant, le vase est lesté avec plus ou moins de sable. Si on veut rajouter du poids une fois le vase plein de sable, il suffit de le mouiller avec de l’eau. C’est très pratique et simple à utiliser. Il est donc possible de faire varier le poids pour l’adapter et permettre au pratiquant de progresser dans sa capacité musculaire.

nigiri_game

Mais la véritable originalité du nigiri game tient dans le col du vase. Celui-ci est très ouvert, avec un rebord prononcé, mais pas trop. Pourquoi ? Parce que le vase est attrapé d’une seule main grande ouverte, avec les doigts qui saisissent le rebord du col. La grande ouverture du col oblige la main à ouvrir en grand tous les doigts et la saisie ne peut se faire qu’avec la dernière phalange. Cela oblige à renforcer les tendons et les muscles de la main et des doigts de manière drastique. Au début, cette saisie est tout sauf facile. Mais une fois que la main est entraînée à s’ouvrir avec des doigts puissant et légèrement recourbé sur la dernière phalange, vous avez là une « patte du tigre » d’une redoutable efficacité, pour la frappe comme pour la saisie.

Renforcer tout le corps

Le travail au nigiri game s’effectue de différentes manières, mais le plus simple et le plus important consiste d’abord à saisir un vase dans chaque main et de laisser pendre les bras, légèrement écartés sur les côtés et un peu en avant du corps. Une fois la saisie bien affirmée, on demande au pratiquant d’avancer pas à pas pour travailler ses déplacements tout en conservant son équilibre (ne pas se laisser balancer d’avant en arrière par les vases) et la tension dans les épaules.

Les bras travaillent fortement en résistance, mais les épaules et notamment les trapèzes aussi. Les épaules sont ainsi bien placées vers le bas tout en se renforçant, ce qui leur permettra de supporter n’importe quelle attaque par la suite. Pour pouvoir tenir une telle pression vers le bas, les omoplates, les muscles du dos, les pectoraux et les abdos sont aussi de la partie, sans parler des muscles du cou et de la nuque. Enfin, pour supporter tout le poids, les jambes travaillent elles aussi. Vous l’aurez compris, c’est tout le corps qui travaille en résistance, forgeant ainsi des muscles fins et durs comme des câbles.

A cela, les différentes formes de karaté d’Okinawa rajoutent des respirations bien précises, elles aussi en rétention-contraction et expirations brusques, si typiques de leur art martial. Cette manière de respirer permet de garder le corps en contraction, afin de bouger tout en conservant une véritable armure musculaire sur soi.

nigiri game 1

Les exercices possibles au nigiri game

nigiri game à deux mainsIl existe autant d’exercices que l’on peut en inventer. Outre la saisie d’un vase dans chaque main et de travailler ainsi toutes les formes de déplacements au sol, il est possible aussi de faire monter et descendre les deux bras, simultanément ou alternativement. Certains miment également les gestes de protection ou d’attaque avec les vases, ce qui renforce ces mouvements.

 

Une autre solution consiste aussi à saisir à deux mains un seul vase par le milieu et non par le col. Ainsi, on va le monter et le descendre ce qui renforce les biceps, les épaules et les muscles du dos. On peut le passer de droite à gauche, on faire des cercles horizontaux ou verticaux. Tous ces mouvements vont solliciter les muscles dans différentes orientations, pour les renforcer dans tous les sens.

Si vous vous lancez dans ce genre d’exercice, faites bien attention à une chose : d’avoir toujours le bassin bien droit voir légèrement en antéversion, mais jamais en rétro version. Vous vous abîmeriez les lombaires très rapidement.

Sortir du karaté

travail nigiri gameLe renforcement du corps n’est pas et ne doit pas être uniquement l’apanage du karaté sous prétexte qu’ils prennent des coups. C’est le cas de la plupart des pratiquants d’arts martiaux, à l’exception notable de l’aïkido. Il serait donc profitable de sortir cette technique des formes de karaté d’Okinawa et de les transposer dans les échauffements des autres disciplines (wushu, qwankido, viet vo dao, karaté japonais, judo, etc.). Évidemment, tout travail de renforcement du corps qui contracte la musculature doit s’accompagner d’étirements prolongés pour les assouplir. La force dans la souplesse reste la meilleure manière de se forger un corps avec de réelles capacités.

Quant aux aïkidokas, ce n’est pas parce que leur art est relativement doux, qu’ils ne doivent pas pour autant songer à préparer leur corps à différents en vue d’une confrontation ou pour, tout simplement, pouvoir résister au travail intensif de chutes libres ou de chutes imposées par un partenaire. L’exercice qui se rapproche du nigiri game pour les aïkidokas sont les suburis avec un lourd bokken. Mais les mouvements de coupe étant toujours les mêmes, les muscles ne connaîtront jamais une grande variété de mouvement et de direction dans lesquelles se renforcer. Je vous renvoie vers cet article de Léo Tamaki sur la préparation physique.

Dans ma vie je n’ai pas eu souvent à me battre, mais l’une des fois mémorables fut contre un pratiquant de wushu particulièrement hargneux. Ne pratiquant que l’aïkido (j’étais alors shodan) à cette époque, il me roua littéralement de coups, une bonne trentaine au moins. Son erreur fut de me saisir une seule fois, ce qui mit fin au combat pour lui, enfoncé dans 3 bons centimètres de tatamis. Mais je ne pus marcher pendant 15 jours après cela. Toutefois, je n’aurais pas pu résister à ses coups si je ne travaillais pas mon corps en salle de musculation. Cet événement me marqua tellement que je filais droit au premier club de karaté uechiryu qui se trouvait être sous la direction de maître Takemi Takayatsu (7e dan). C’est là que je découvrais les bienfaits du travail au nigiri game.

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A propos de l'auteur

Nouvel utilisateur 951886

Depuis 30 ans, Ivan Bel pratique les arts martiaux : Judo, Aïkido, Kenjutsu, Iaïdo, Karaté, Qwankido et Taijiquan. Il a dirigé le magazine en ligne Aïkidoka.fr, puis fonde ce site. Aujourd'hui, il enseigne le shiatsu et la méditation qu'il exerce au quotidien, tout en continuant à pratiquer et écrire sur les arts martiaux du monde entier.

(2) Commentaires

  1. Bonsoir, Ivan,
    Très interessant cet article, comment faire dês exercices d’une manière traditionnel et physiologique.
    Merci.

    • Merci Ricardo. Je pense que je présenterai d’autres techniques comme celle-ci prochainement.
      Bonne lecture 🙂

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