Aikido Techniques martiales — 03 novembre 2016

sankyoPour le troisième principe technique de l’aïkido, sankyo nous propose de découvrir le principe de la circulation énergétique, en l’occurrence celle du Yin. Sa puissance vient de la terre, ce qui implique un double travail vers le haut et vers le bas. Explications.

A priori, tous les pratiquants d’aïkido connaissent sankyo, cette belle torsion du poignet qui oriente l’avant-bras vers le ciel et génère au minimum une contrainte douloureuse au poignet et au coude. Mais la compréhension des mouvements énergétiques qui nous entourent permet une lecture plus fine. Ikkyo attirait notre attention sur le méridien du Cœur en premier lieu, car il s’agit de « l’Empereur » selon la dénomination en médecine chinoise, et comme il est le seul à diriger et commander le corps et l’esprit par son importance, on peut dire qu’il représente le Un, l’unité. Nikkyo lui nous informait qu’il existe un Ciel et une Terre et qu’en créant une rupture, une cassure entre les deux, cela créé un déséquilibre et une douleur. C’est le temps de la séparation, de la dualité. Sankyo affine les choses. Il nous explique comment circule cette énergie entre Ciel et Terre.

 

Le Yin et le Yang en mouvement

ensoSi tout le monde voit bien ce que représente le symbole Yin et Yang, on comprend que deux forces antagonistes, mais complémentaires se poursuivent et se repoussent, mais parfois s’épousent aussi, dans un mouvement circulaire sans fin. La plupart des explications s’arrêtent là, et du coup il manque l’essentiel : la circularité informe sur le fait que le mouvement est cyclique et n’a pas de fin. Mais pourtant, comme le montre bien les peintures japonaises représentant un enso, le cercle n’est pas fermé. Pourquoi ? Parce que non seulement le mouvement est sans fin, mais il ne recommence pas là où il a débuté. Et ce point est capital pour comprendre ce qui se cache sous le Yin et le Yang. Si vous dessinez un cercle plusieurs fois, mais que vous n’avez pas le droit de recommencer à son point de départ, tant que vous pensez de manière binaire ou que vous dessinez en 2D, vous êtes bloqué. En revanche, si vous passez en 3D, alors vous pouvez continuer votre cercle et le monter ou le descendre sans fin, créant ainsi une spirale.

C’est ainsi que l’on comprend que le mouvement de l’énergie est toujours en spirale.

Dans le livre des mutations de Lao Zi on peut lire : « Le Ciel ordonne, la Terre exécute », ce qui induit un ordre de préséance entre les deux. Le Ciel qui représente le Yang, envoie son énergie vers le bas, vers la Terre. Comment cette énergie circule-t-elle ? En spirale. Si vous étiez Dieu assis sur un nuage, vous la verriez tourner dans le sens des aiguilles d’une montre. Cette énergie est très large à sa base (dans le Ciel) pour se resserrer vers le bas. C’est pour cela qu’on dit que le Yang concentre, durci. Ainsi, les ondes deviennent des atomes, les atomes forment des gaz, les gaz des liquides, les liquides des solides, etc. Provenant de la Terre, l’énergie Yin absorbe cette force du Ciel, la mâture et créé à partir d’elle. C’est le rôle de tout ce qui est femelle dans notre monde. À partir de là, avec la gestation, l’accouchement puis la mise en mouvement d’un nouvel être on peut dire que l’énergie Yin qui vient de la Terre va en expansion, du bas vers le haut. Ainsi, le nouveau-né va d’abord vers la Terre pour ensuite se redresser, marcher et un jour lever les yeux et questionner le Ciel sur ses origines, le sens de la vie, et ainsi de suite. Comment circule cette énergie Yin ? En spirale. Si vous étiez un ver de terre et que vous la voyiez monter au Ciel, le Yin tourne en spirale dans le sens des aiguilles d’une montre.

spirale-yang

Quelle énergie pour les humains ?

Si le Yin et le Yang sont indispensables pour la vie, comme l’eau fraîche l’est à une journée d’intense soleil, il faut reconnaître que nous autres humains sommes des animaux proches du sol. La Terre Yin a donc une importance beaucoup plus grande pour nous que le Ciel Yang. Si nous étions des oiseaux, cela serait sans doute différent, mais ce n’est pas le cas. Nous buvons l’eau qui surgit du sol, nous consommons les végétaux qui poussent depuis le sol, nous sommes essentiellement composés d’eau, de carbone, de sels minéraux et d’oligo-éléments, tous des éléments constitutifs qui proviennent de la Terre que l’on peut amplement qualifier, du coup, de Terre-Mère. En revanche, nous respirons l’air et profitons des rayons du soleil, tous deux éléments du Ciel qui nous sont essentiels pour vivre, mais non constitutifs de notre organisme.

À l’aide de cet éclairage, on comprend donc que le Yin est l’énergie qui nous entoure le plus, nous enveloppe au quotidien, nous nourrit le plus. Si on cherche à communier avec cette énergie, on va chercher à s’ancrer dans le réel, utiliser notre corps, agir avec douceur et force à la fois. Le drame de notre société occidentale est que les gens sont constamment dans leurs pensées, dans des mondes virtuels (Internet, jeux vidéo, SMS), en s’occupant très peu du réel. Trop de Yang est nuisible pour nous, car cela nous agite et nous rend inconsistant dans tous les sens du terme. C’est pourquoi les aïkidokas font notamment kokyuho. Cet exercice peut se résumer ainsi : prendre le Ki (énergie) de l’air (Ciel) pour le descendre et le concentrer dans le bas ventre (Terre) soit le mouvement Yang de concentration. À partir de là, il va pouvoir relancer ce Ki « durci » en allant vers le haut, soit le mouvement Yin d’expansion, ce que montre bien le geste technique des mains. C’est pourquoi on entend parfois dans les dojos le professeur dire à ses étudiants « soyez lourd comme la Terre et irrésistible dans votre avancée comme lorsqu’elle s’effondre ».

Sankyo, la puissance de la spirale

Il est maintenant facile de comprendre le sens de la technique Sankyo. Une fois la clé en place, il faut pousser vers la Terre, ce qui va faire rebondir le Ki vers le Ciel. La poussée vers le sol est fondamentale, car elle permet d’ancrer tori et de le transformer en un axe stable Terre-Ciel. La poussée vers le Ciel est moins importante. Il suffit juste de mettre le bras de uke sous tension tout en créant une spirale afin de respecter le principe de circulation énergétique.

tournesol

Si vous ne comprenez pas pourquoi une spirale est plus efficace qu’une ligne droite, je vous renvoie vers les images de la nature qui illustre le nombre d’or. Tout dans la nature s’organise selon cette spirale. Vous pouvez également penser à la différence de pénétration et de solidité d’une vis par rapport à un clou. Je vous engage également à tester ceci au dojo. Prenez un partenaire costaud et avec son accord, tapez fortement un beau tsuki dans un des deux pectoraux. Normalement il bougera assez peu et la douleur et tout à fait gérable, malgré l’élan que vous donnerez à votre poing. A présent collez votre poing contre son pectoral, doigts vers le Ciel. Puis comme si vous tapiez (mais sans élan sinon les dégâts sont trop importants) engagez le bras en vrillant le poing. Vous verrez votre partenaire partir au moins deux pas en arrière, surpris par la puissance de ce que vous venez de faire, et pourtant sans armer votre coup. Les arts martiaux chinois qui sont littéralement imbibés de Yin et de Yang procèdent de cette manière, tandis que les Japonais font du karaté avec le poing droit. Vous venez de percer le secret de l’efficacité des coups à la chinoise.

koichi-tohei-sankyoPar conséquent, si vous créez une spirale montante trop forte vers le Ciel, l’énergie Yin qui va accompagner votre sankyo va tout arracher sur son passage puisque nous sommes proches de la terre. Poignet, coude, épaule, vous allez tout casser. Car pour que la spirale existe, il faut un acteur et un receveur, c’est-à-dire des hommes. Ainsi sankyo nous montre qu’entre Ciel et Terre on peut utiliser l’énergie sur l’Homme qui vit au milieu. C’est le système ternaire Ciel-Homme-Terre qui se révèle à nous. La position de l’Homme est le milieu, entre Ciel et Terre. Si on le pousse vers le haut ou qu’on le tire vers le bas, il souffre car il perd sa place dans la relation harmonieuse du Yin et du Yang. Mieux vaut donc contrôler cette technique pour la rendre douce et puissante, comme notre Terre-Mère tout en la remerciant de nous livrer son secret.

Au passage, on notera l’emplacement des doigts. La main du bas met l’accent sur l’axe du petit doigt de uke, étirant le méridien du Cœur et récupérant le Ki de l’Intestin grêle, là où se concentre le Ki dans le Seika Tanden. La main du haut place naturellement l’index sur Shinmon (la porte du Cœur ou porte de l’Esprit, cf Ikkyo), soit le point C7, captant ainsi la force de l’esprit, le courage de uke, pour le dériver vers soi et donc l’affaiblir. C’est ce qui explique la totale efficacité de Sankyo du point de vue technique et justifie tout à fait qu’il fasse partie des principes fondamentaux de l’aïkido.

Finissons enfin cette technique par un mouvement en spirale et vers le bas cette fois. Le Yang reprend ses droits et fait tourner uke pour l’amener au sol. Puis lors de l’immobilisation, on utilisera une nouvelle spirale. L’erreur classique est de créer une vrille horizontale jusqu’à ce que les articulations ne suivent plus. Réalisez une vrille dans le sol (donc verticalement), et uke vous confirmera que la technique est bien plus puissante et définitive ainsi.

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A propos de l'auteur

Nouvel utilisateur 951886

Depuis 30 ans, Ivan Bel pratique les arts martiaux : Judo, Aïkido, Kenjutsu, Iaïdo, Karaté, Qwankido et Taijiquan. Il a dirigé le magazine en ligne Aïkidoka.fr, puis fonde ce site. Aujourd'hui, il enseigne le shiatsu et la méditation qu'il exerce au quotidien, tout en continuant à pratiquer et écrire sur les arts martiaux du monde entier.

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